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Saga : L'Héritage d'Agnès - Tome 1 - § 8

L’été indien

Premières étreintes. Solange et Steven, à Marengeville.


La magie de l'automne

Le soir venu, Octobre allongeait démesurément l’ombre que faisaient les pommiers ronds sur l’herbe verte de la prairie. La vie au château coulait douce et tranquille, comme si l’arrière saison n’eût jamais dû finir. Et puis, il continuait à faire beau et chaud, malgré la lumière qui déclinait de plus en plus tôt.
Dès dix-sept heures, Marengeville se parait de chaudes couleurs cuivrées. Ses tours, réchauffées par les rayons caressants du soleil couchant, s’ornaient de teintes ocre et miel. Leurs tuiles dorées se drapaient de soies rose-abricot, mauves et bientôt, violettes. Puis, brusquement, comme si une main avait soudain éteint les projecteurs, la vieille forteresse ressemblait à une ombre chinoise. Parée de ses dentelles crènelées, sa silhouette se découpait alors, sombre sur le ciel pastel, telle une veuve en ses voiles noirs.

Hélène et François
Hélène et François

François et Hélène revenaient d’une longue promenade. Ils marchaient côte à côte, au beau milieu de la route. Silencieux. Main dans la main. Leurs regards se perdaient quelque part, au-dessus des tours jumelles. Le chemin était désert. Soudain, on ne vit plus les tours qui disparurent l’une après l’autre, au coeur de l’épaisse frondaison. A cet endroit, après un dos d’âne, la route s’incurvait et descendait au fond d’un vallon ombreux, avant de remonter. Elle traversait, sur quelques trois cents mètres, un petit bois touffu. François s’arrêta, l’ombre les submergeait. Soudain, il entraîna Hélène vers le tronc d’un chêne immense, dont le feuillage débordait largement sur l’allée. Celle-ci sentit à peine l’écorce rugueuse s’incruster dans son dos nu, tant le baiser enflammé qui la souleva de terre la surprit. Elle ne se sentit même pas fondre, elle ne s’appartenait plus. Elle n’était plus qu’un frémissement exalté, une attente éperdue. Un immense et long frisson la parcourut et son corps, sa bouche, ses hanches, ses bras, son ventre, ne furent plus qu’émotions ; comme si son esprit se fût brusquement dissout, avec le vent de passion qui s’était soudainement abattu sur elle. Elle se sentit emportée et déposée, telle une plume, sur un lit qui lui sembla fait de brindilles et de feuilles sèches. Elle ne les entendit pas crisser sous son poids, tant l’étreinte de son amant l’anéantit de plaisir. Elle ne sentit pas sa légère robe de flanelle glisser le long de ses cuisses lisses et blanches, comme la nacre d’un coquillage qui s’ouvre pour la première fois à l’écume de mer. Elle ne sentit que l’immense vague d’une volupté jusque là inconnue, l’emporter loin, très loin.
Quand elle émergea de son rêve éveillé, plus légère qu’une brise sur une houle de bonheur, pénétrée par un sentiment d’accomplissement et de sérénité comme elle n’en avait jamais connu, François l’embrassait tendrement. Elle le repoussa gentiment, en se demandant ce qu’ils faisaient là, par terre, dans ce sous-bois. Puis, elle se ressaisit et comprit. Elle était devenue femme, et cela venait de se passer là, sans qu’elle s’en fût du tout rendu compte. C’était tout simplement inouï !
Et puis, elle regarda François, toujours penché sur elle, ses yeux cherchant ses lèvres. Dieu, qu’il était beau !
Le monde lui sembla soudainement magique. Comme si tout ce qui venait de lui arriver était irréel. La forêt, l’ombre complice, le silence feutré du sous-bois. Ils n’existaient plus que dans leurs yeux qui se mélangeaient, que dans leurs lèvres qui se dissolvaient en un baiser irréel, que dans leurs coeurs qui n’en finissaient pas de se décrocher et de se fondre. Ils ne reprirent pied dans la réalité que lorsque la nuit douce et chaude les eût enveloppés de son manteau de velours. Ils sautèrent sur leurs jambes et se retrouvèrent debout, silencieux.
Alors, elle s’approcha de lui et lui glissa dans l’oreille un simple “à demain, mon chéri” chuchoté, à peine audible, secret et encore tout chaud de leur nouvelle complicité, et s’enfuit à toutes jambes. Bouleversée.
Elle avait envie que le vent frais de la nuit lui fouette le visage et éteigne le brasier qui venait de s’allumer. Comme si elle avait eu besoin de se sentir réelle et bien vivante, comme pour se convaincre que tout cela n’avait été qu’un rêve, qu’une imagination d’enfant, qui aurait rencontré le prince charmant de la Belle-au-Bois-Dormant.

***
Hélène, exaltée, arriva hors d’haleine au portail et le franchit sans s’arrêter. Elle grimpa quatre à quatre l’escalier qui montait à sa chambre et faillit renverser Pauline qui descendait dîner.

— Tu me sembles bien pressée, d’où viens-tu, à cette heure  ?

— Nous avons fait une promenade avec François.

— Vous vous êtes disputés, tu es toute pâle, et tu as les yeux brillants.

— Mais non, pas du tout, que vas tu chercher. Je me sens seulement un peu fatiguée et je n’ai pas envie de descendre dîner.

— Et François, où est-il, il te courait après ?

— Oh, écoute Pauline, François est redescendu chez lui et tu me saoules avec toutes tes questions. Dis seulement à Tine de me préparer un plateau avec une assiette de soupe, un oeuf coque, une pomme et une bolée de cidre. Cela me suffira. Et s’il te plaît, porte-moi tout ça dans ma chambre, tu seras gentille. Et n’inquiète pas grand-père ! Je t’expliquerai plus tard.
Pauline trouva tout le monde réuni dans la salle à manger, où Tine avait exceptionnellement dressé la table, en l’honneur d’Agnès qui, ce soir là, faisait à la famille l’honneur de sa présence.

— Tu as vu Hélène, Pauline, où est-elle, demanda Louis ? Nous l’attendons.

— J’étais dans sa chambre, il y a cinq minutes. Elle vient de me dire qu’elle se sentait un peu fatiguée. Elle aimerait, Tine, que vous lui prépariez une petite collation sur un plateau : seulement un peu de soupe, un oeuf à la coque, des lichettes beurrées, une pomme et du cidre.

— D’accord. Mais elle ne se sent pas malade, au moins, s’inquiéta déjà Tine ?

— Non, elle a seulement envie d’être un peu seule, je crois. Rien de grave.

— Vous en faites des histoires, pour une Marie-couche-toi-là ! De mon temps, on ne se serait pas inquiété d’elle, on l’aurait enfermée, oui, glapit Agnès ! Plus pincée et revêche que jamais.

— Agnès ! Je t’en prie, se plaignit Louis, d’un ton las.
Tine soupira, mais ne dit rien. Quel corbeau, pensa-t-elle ! Elle ne peut pas s’empêcher de croasser et d’agiter ses ailes de vieille chauve-souris. Pour une fois qu’elle daigne se mettre les pieds sous la table, il faut qu’elle nous bave sa hargne. Je me demande comment fait Louis, pour ne pas perdre patience !

— Eh bien, moi aussi je me sens fatiguée, rétorqua la vieille fille.
Elle ramassa vivement son châle et gratifia Tine d’un regard si noir, que celle-ci se demanda si la vieille n’avait pas le don de télépathie !
A la porte de la cuisine, elle se retourna  :

— Fatiguée de vous tous d’ailleurs, crut-elle bon d’ajouter à la cantonade. Et tu seras bien aimable, Louis, de me porter un plateau dans ma chambre, s’il te plaît. Si toutefois, tu t’inquiètes autant pour moi, que pour ta petite-fille !
Sur ce, la tante redressa la tête et quitta la salle à manger en princesse déchue. Plus hautaine que jamais. Son visage glacé et méprisant affichait ses sentiments de martyre offensée.
Un ange passa.

— Bon, je vais préparer deux plateaux, dit Tine à Louis, sur un ton conciliant. Un, pour Hélène, que je lui porterai, et l’autre pour notre douce Agnès ! Et puis, nous essaierons de terminer le dîner tranquillement.
Louis hocha la tête. Parfois, la vie de famille était un peu difficile. Mais la chance avait mis Tine sur sa route et avec elle, tout s’arrangeait merveilleusement. Il trempa sa moustache dans sa cuillère et termina sa soupe sans plus rien dire, avant de se lever et de porter sa collation à sa soeur. Les deux plateaux une fois redescendus, Louis, Tine et Pauline s’attablèrent devant une superbe omelette aux fines herbes, dorée à point, et dont le fumet aiguisa leur appétit. Un vin de Bourgogne légèrement fruité, que Louis allait lui même chercher chez l’un de ses vieux amis vigneron, acheva de sauver la soirée et leur rendit toute leur bonne humeur. Louis était fin connaisseur en matière de vins, et l’un de ses dadas était de collectionner de bonnes bouteilles, qu’il faisait ensuite vieillir lentement, dans les caves du château.
Demain, se dit Louis, en se retirant dans son “boudoir,” après le dîner, il faut que j’appelle Solange. La petite a besoin de sa mère ! Quatre jours plus tard, Solange et Steven arrivaient à Marengeville.
On avait gardé le secret, pour faire la surprise à Hélène. Steven avait un ami pilote et le couple était arrivé plus vite encore que prévu. Louis était allé les chercher à la gare, juste après midi, profitant du fait qu’Hélène passait le plus clair de son temps avec François, à discuter littérature et à compter fleurette à son amoureux.

La surprise fut donc totale quand Hélène, en soirée, revint à la maison, et découvrit sa famille rassemblée dans le “salon d’Eugénie,” que l’on n’ouvrait que pour les grandes occasions.

— Maman ! Steven ! Quelle surprise, c’est merveilleux. Que faites vous là ? Oh, maman ! Je voulais justement t’appeler au téléphone, pour qu’on passe un moment ensemble, toutes les deux, avant que je n’entre à l’université. C’est fantastique que tu sois là !
Hélène était heureuse, et Louis, comblé. Steven, dans son costume très britannique, souriait devant ce bonheur familial.

— Tu peux remercier ton grand-père et Steven, répondit Solange. Il m’a appelée vendredi, pour nous inviter, en prétextant que c’était la fin des vacances, et que nous devions discuter de ton année scolaire en vue. En fait, je connais Père, ajouta-t-elle en se tournant vers Louis. Je sais qu’il a des antennes en ce qui te concerne, ma chérie. A travers ses propos, j’ai deviné que tu avais besoin de moi. Et, comme Steven, par chance, était appelé pour son travail à Paris, nous n’avons fait qu’un bond… Et nous voilà !
Hélène échangea un regard de complicité avec Louis et lui sourit. Elle se serra contre sa mère et Solange l’embrassa. Pendant que Louis s’entretenait des conditions du voyage avec Steven, et des rumeurs de guerre qui s’amplifiaient, mère et fille goûtaient sans réserve le plaisir de se retrouver, comme si elles ne s’étaient plus vues depuis une éternité.

— Je te trouve bien belle, ma chérie. Les vacances à Marengeville te vont à ravir, et je vois que tu as eu la bonne idée d’emmener Pauline, pour te tenir compagnie !
Agnès, à petit pas serrés, aussi grise et silencieuse qu’une ombre, s’était faufilée dans le salon. Solange la salua d’un joyeux bonjour, comme à son habitude. La tante lui faisait toujours froid dans le dos. Elle lui rappelait la fée Carabosse, à moins que ce ne soit la sorcière de Blanche Neige ! Ce ton enjoué était pour elle une façon de conjurer le mauvais sort, comme si elle soupçonnait la vieille-fille de concocter toute seule, dans ses appartements secrets de la tour Nord, où nul ne pénétrait jamais hormis Louis, de mystérieux maléfices !

De son côté, Agnès ne pouvait s’empêcher d’apprécier l’injonction sympathique. Elle souffrait tellement de sa solitude, et de se sentir rejetée comme une pestiférée ! Elle répondit donc assez aimablement au bonjour de sa nièce. Mais sur le ton mesuré et chiche de paroles, qu’elle affectionnait de prendre quand elle était contente, et s’assit du bout des fesses. Serrant en silence dans ses mains incroyablement fines et élégantes, presque transparentes, pensa Solange, les pans de son châle de laine. Une merveille de délicatesse ! L’ouvrage était si admirable, la fine laine de Mohair, si joliment mise en valeur, que Solange se demanda qui pouvait bien l’avoir tricoté ? Se pouvait-il qu’Agnès cachât à tout le monde des talents aussi raffinés ?
Tine servit un délicieux thé à la bergamote, qui ravit les papilles de Steven, et apporta une immense tarte aux pommes qui fut accueillie par des vivats.

— Ah, Tine ! Vous êtes irremplaçable, s’exclama Solange. Quelle joie de vous revoir ! Steven adore vos pâtisseries et toute votre cuisine en général, d’ailleurs. Je n’ai pas eu besoin de le pousser beaucoup pour le convaincre de venir dire un petit bonjour à Marengeville. D’autant que Paris n’est pas loin, heureusement !

***

Pendant que Pauline, Solange, Hélène et Tine devisaient gaiement, Louis se pencha discrètement vers Steven :

— Vous devez être à Paris demain matin, je suppose ?

— Oui, j’appellerai mon bureau, et je m’y rendrai dans la journée. La situation politique est, comme vous le savez, des plus préoccupantes, et j’ai pas mal de gens à voir. Je vous laisserai Solange, qui aura tout le loisir de papoter avec Hélène. Elles ont sûrement des tas de choses à mettre au point pour la rentrée.
Louis tendit à Steven un coffret rempli de havanes et en offrit un à son hôte, avant de l’entraîner vers l’une des larges portes-fenêtres de la pièce, qu’il prit soin d’entrebâiller. Après avoir fait rougeoyer le bout de son cigare, Louis confia ses appréhensions à son gendre :

— Mon cher Steven, je suis heureux que vous ayez pu vous libérer si vite ! Hélène avait besoin de voir sa mère. Elle a rencontré un jeune homme dont elle est visiblement tombée très amoureuse. Il y a des moments, poursuivit Louis où, avec une jeune fille de cet âge là, un grand-père ne peut remplacer une mère. Malgré toute mon affection pour Hélène, je sais reconnaître mes limites. Aussi, j’apprécie beaucoup votre compréhension. Par ailleurs, j’aimerais m’entretenir avec vous, au sujet des événements récents qui ne laissent de m’inquiéter.

Louis faisait allusion aux pourparlers menés conjointement par la France et l’Angleterre avec Hitler, pour amener ce dernier à renoncer à envahir la Pologne. Avant de poursuivre, il poussa le battant dela fenêtre, la soirée était douce et agréable. Si paisible qu’on pouvait à peine envisager une perspective aussi alarmante que celle de la guerre ! Et pourtant, Louis ne pouvait l’éliminer de ses préoccupations.

Il s’en ouvrit à Steven :

— En tant que journaliste, vous êtes des mieux informés, et votre point de vue personnel m’importe beaucoup. Je ne suis pas naturellement porté au pessimisme, mais, je vous avoue que la situation me préoccupe, sans parler de ce Monsieur Hitler !
Steven écoutait son beau-père attentivement. Il tira consciencieusement sur son Havane et laissa Louis poursuivre.

— Cet Autrichien a un charisme effarant ! Il a un toupet inouï. Je ne parle pas l’allemand, mais j’ai eu la curiosité d’écouter des passages de ses discours : il martèle ses phrases avec une telle puissance ! Et cette façon qu’il a de forger dans le peuple allemand, un sentiment de gloire nationale et d’esprit de supériorité, m’effraie. Il est capable de transformer n’importe quel petit ouvrier ou fonctionnaire, en conquérant redoutable. On dirait que ceux qui l’écoutent communient avec Dieu.

— Oui, je partage vos sentiments, Louis : il a l’art de galvaniser toute l’Allemagne et de soulever l’enthousiasme des foules. Je le crains autant que vous. J’ai un peu étudié le personnage, parce qu’il me fascine et franchement, je ne crois pas que nos arguments pèseront de quelque poids que ce soit dans sa décision d’envahir la Pologne. Je suis, pour ma part, persuadé que plus rien ne l’arrêtera, maintenant !

— C’est bien ce qui me soucie aussi. Nous aurions dû lui résister de manière beaucoup plus ferme, et ceci, depuis trente-six ! Je ne comprends pas comment nous avons pu nous bercer d’illusions à ce point. Le laisser réarmer la Rhénanie, conquérir l’Ethiopie, prononcer l’Anschluss, annexer l’Autriche, revendiquer les Sudètes, et occuper la Tchécoslovaquie, sans bouger le petit doigt, et en lui donnant le feu vert, par-dessus le marché, pour occuper la Bohème. C’est scandaleux ! Je ne peux pas accepter que nous ayons fait preuve – nous les Alliés – d’une telle lâcheté.

Ne prenez pas mal ce que je vous dis, Steven, je ne veux pas froisser votre susceptibilité britannique mais, ne pensez-vous pas que notre attitude commune est insoutenable et que nous avons, depuis trop d’années déjà, fait le jeu de ce tyran, laissé à ce despote d’un autre âge le champ libre, pour continuer sa politique expansionniste qui crève les yeux ? Le pacte d’acier, signé en mai entre l’Italie et l’Allemagne, ne peut que le rendre plus arrogant encore et sourd à nos arguments !

— Je vous rassure, Louis, je partage votre opinion et – vous l’avouerais-je – vos craintes ! Je me demande sincèrement, comme vous, où tout ceci va nous mener. J’ai la certitude que, s’il ne cède pas – et cela m’étonnerait qu’il le fasse – nous allons être contraints au pire ! Steven marqua un temps d’arrêt et ajouta, sur le ton de la confidence :

— Je pense que nous devrons lui déclarer la guerre ! Nos gouvernements, cette fois, ne reculeront pas. Nous avons c’est vrai, attendu trop longtemps. Je n’étais pas pour cette politique de l’attentisme et de la conciliation à tous crins. …
Mais, je ne suis pas politicien !

— Moi non plus, Steven. Et je me demande ce qu’ils ont dans la tête, tous ces hommes politiques ! Si les pourparlers avec l’Union Soviétique échouent, et si les Russes signent avec Hitler un pacte de non agression, nous sommes fichus. Hitler se sentira conforté et ne reculera pas. Nous aurons donc la guerre, professa Louis, sombrement. Vous comprenez mon inquiétude, mon cher Steven, tant pour le pays, que pour nous, et pour Hélène ! Si la situation se dégrade encore, devrons-nous la laisser poursuivre seule ses études à Paris, comme je sais qu’elle le souhaite ? Je compte sur vous pour entretenir Solange de ce problème. Nous devons prendre une décision si nos craintes se révèlent fondées, avant que vous ne repartiez pour Londres.
Solange, absorbée à écouter tout à la fois, Pauline, Hélène et Tine, qui lui parlaient toutes ensemble de François, de la fête, de cuisine et de mille autres potins, n’avait pas tout de suite remarqué le conciliabule entre son père et son mari.

L’air sérieux et préoccupé qu’ils affichaient tous les deux ne lui disait rien qui vaille. Elle tenta de les rappeler à leurs devoirs familiaux :

— Père, Steven, que faites vous donc tout seuls, là-bas, à la fenêtre ? Quittez donc cet air lugubre qui vous va si mal, et venez reprendre une part de gâteaux. Hélène vient de m’annoncer une nouvelle qui vous fera sans doute plaisir à tous les deux : elle a rencontré un jeune homme ab-so-lu-ment charmant ! Connaissant ma fille, je n’en doute pas. Il s’appelle François et est féru de littérature moderne. Il lit Sartre, Steinbeck et même Colette, et s’intéresse aussi aux dernières découvertes en matière de psychologie. Bref, Hélène veut me le présenter demain, et je vous avoue que je brûle de connaître un jeune homme aussi cultivé !

Louis, après avoir partagé son inquiétude avec Steven, était heureux de cette diversion, qui lui permettait de revenir tranquillement s’asseoir auprès de sa fille et de sa petite-fille, comme si de rien n’était. Il reprit part à leurs bavardages aussi joyeusement que possible, remettant au lendemain la nécessité d’une conversation plus sérieuse, au sujet des événements de la politique mondiale. Il se réjouit qu’Hélène ait, d’elle-même, abordé avec sa mère le sujet “François,” quelque peu brûlant.

— Vous saviez, père, qu’Hélène était tombée amoureuse, alors ? Petit cachottier !
Solange adorait taquiner gentiment Louis. Elle ajouta :

— Voyez-vous ça. Vous ne ne m’aviez rien dit au téléphone ! Tous complices, à ce que je vois ! Comment est-il, ce tombeur ?
Louis titillait sa moustache.

— Charmant, beau garçon, autant que je puisse en juger, mais… Je ne suis pas spécialiste en la matière ! De prime abord, il me semble être un jeune homme sérieux : c’est même le nouvel instituteur du village. Il m’a fait bonne impression, si c’est ce que tu veux savoir ! Malgré tout, je dois t’avouer que je le connais encore trop peu, pour me prononcer plus avant.
Pendant que le salon bruissait des conversations des uns et des autres, Tine s’était éclipsée pour préparer les appartements de Solange et de Steven. Avec l’accord de Louis, elle avait aéré tout l’après-midi les anciens appartements de ses parents. La grande chambre ouvrait de plain pied sur la cour intérieure du château et – avantage non négligeable – recevait les derniers rayons de la soirée qui, en s’inclinant, la baignaient d’une douce lumière.

Attenant à la chambre, Eugénie, la mère de Louis, avait fait aménager un petit salon très agréable, où l’on pouvait lire en toute quiétude, ou se faire servir le petit-déjeuner, ou un thé d’après-midi, en toute intimité. Et il y avait même, luxe suprême, un merveilleux cabinet de toilette, pourvu d’un immense miroir et surtout, alimenté par une pompe ! La décoration dans les tons pèche, la teinte préférée d’Eugénie, en était un peu fanée, car Louis n’avait jamais voulu que l’on touchât à la chambre de sa mère depuis sa disparition, en 1931. Personne n’y couchait donc, en règle générale.
Mais Louis, qui savait recevoir, et avait le sens de la famille, tenait à gâter sa fille. Et puisque sa chambre habituelle était, pour l’heure, occupée par Pauline, il avait consenti à cette exception.
Tine avait fait le grand lit d’acajou, magnifiquement sculpté d’angelots joufflus. Ceux-ci tenaient, de chaque côté, deux globes qui éclairaient la tête du lit. Ce dernier était en outre surplombé d’un immense baldaquin et entouré de rideaux de velours cramoisis, retenus par des liens dorés. La courtepointe en soie couleur pêche, rappelait le coloris du tapis, dont l’épaisseur et le soyeux était impressionnants. Les draps blancs comme neige, et les oreillers à parements de dentelle, qui avaient été ceux d’Eugénie et de Victor, les grands-parents de Solange, achevaient de donner à la chambre un air cossu et chaudement confortable.

Tine avait même allumé un feu dans la cheminée, pour réchauffer l’atmosphère et chasser l’air frais de la soirée. Elle mit dessus quelques bûchettes de bois bien sec, pour que des braises rougeoyantes puissent accueillir chaleureusement le couple, quand Solange et Steven viendraient se coucher, à la nuit tombée.
Après le repas du soir, qui fut servi dans la cuisine, pour plus de facilité et d’intimité, tout le monde fut heureux de rejoindre son “chez soi.” Tine, comme d’habitude, s’était surpassée, et Louis avait tenu à arroser le repas d’un excellent pinot noir de douze ans d’âge, dont les reflets acajou et orangé avaient ravi les regards, avant de régaler les papilles de tous, et de Steven en particulier.
Celui-ci, d’ailleurs, s’était promis de faire un jour prochain, une petite visite au cellier, pour se faire expliquer le mystère du vieillissement des grands vins, que Louis surveillait d’un oeil attentif et vigilant. En allant se coucher, Hélène remarqua, derrière les rideaux, les ombres chinoises que faisaient Louis et Steven, en grande conversation dans le petit salon. Elle savait Solange, seule. Elle ne résista pas à la tentation d’aller voir comment Tine avait arrangé la chambre d’Eugénie, son arrière grand-mère, et que Louis tenait d’habitude, fermée à clef. Il avait perdu sa mère, il y avait six années déjà, à l’âge respectable de quatre-vingts ans, quand Hélène n’avait qu’une dizaine d’années, et cette perte l’avait profondément marquée.
La chambre de l’aïeule était une sorte de sanctuaire, et le fait que Louis ait consenti à l’offrir, ce soir, à Solange et à Steven, était tout simplement remarquable. Hélène profita donc de l’occasion pour aller se faire câliner un peu par sa mère. La chance de se retrouver ainsi, en tête à tête avec elle, était si rare ! Steven et Louis en avaient pour un petit moment à discuter de choses politiques. Quant à Pauline, elle était montée se coucher avec un livre qu’elle avait emprunté à François. Un ouvrage de science-fiction, écrit par un américain ! Pauline avait de drôles de goûts, pensa Hélène en traversant la cour. Son amie la déconcertait parfois, pour son côté avant-gardiste, ou ses sorties légèrement effrontées voire, irréfléchies.
En entrant dans la chambre de sa mère, Hélène l’aperçut debout, près de la cheminée. Solange, en déshabillé de soie, se chauffait les mains au -dessus du foyer. La jeune fille l’imita.

— J’ai laissé les hommes au salon ! Nous voilà tranquilles, pour un petit moment. Les soirées rafraîchissent.
Hélène se rapprocha de Solange et la serra tendrement :

— Ah, maman, comme je suis heureuse de te voir !
Solange la regarda : était-ce le reflet du feu qui dansait dans la cheminée ? Les joues de son enfant paraissaient encore plus roses que d’habitude. Elle sourit intérieurement et, pour mieux écouter les confidences de la jeune fille, s’assit dans une des chauffeuses qui meublaient l’appartement douillet.

— Je te rajoute quelques bûches ?
Solange acquiesça.

— Tu es follement éprise de François, n’est-ce pas?

— Oh, maman, si tu savais ! Je n’ai jamais vécu une chose pareille. Cela a été un véritable coup de foudre, comme on n’en voit que dans les récits les plus romantiques, ou à Hollywood ! Je n’aurais jamais cru qu’une telle chose pût m’arriver. A moi ! Et aussi vite. De manière aussi fulgurante aussi, comment te dire… Totalement magique, ensorcelante !

— Oui, j’avoue que c’est extraordinaire. Toi, si pondérée, si pragmatique ! En un mot, si sage, tu me surprends. Cela ne te ressemble pas. Que cela me soit arrivé à moi, – comme je l’ai vécu avec ton père et puis après, avec Steven – bon, il n’y aurait rien d’étonnant : j’ai un coeur qui s’enflamme comme de l’amadou ! Mais, à toi, je n’en reviens pas ! Il y a de ces mystères.
Je t’avoue que cela m’inquiète un peu. J’ai hâte de voir ce fameux François. J’espère qu’il est sérieux. Elle réfléchit :

— Te connaissant, cela ne peut être autrement. Il a sûrement un physique, un charme et une culture à faire tourner toutes les têtes, pour t’avoir si complètement séduite.

— Tu ne sais pas à quel point !

— Que veux-tu dire, à quel point…il est charmant ?

— Non, à quel point, il m’a séduite !
Solange, stupéfaite, demeura un instant sans voix.

— Mais, qu’essaies-tu de me dire au juste, Hélène ?

— Ce que tu as compris. Solange pâlit.

— Mon Dieu ! Mais tu es folle !
Solange alla vérifier que la porte était soigneusement fermée, et que nulle oreille indiscrète ne traînait dans les parages.

— Tu ne l’as dit à personne, j’espère !

— Non, à personne ! N’aie crainte. Pas même à Pauline !

— Bon, j’aime mieux ça, mais, as-tu songé aux conséquences possibles, et si tu étais enceinte ?

— Non, je n’ai pu songer à rien, maman ! C’est arrivé comme ça, sans que je puisse rien faire. On n’y avait jamais pensé, on ne l’avait pas prémédité, pas voulu, pas décidé ! C’est arrivé, c’est tout. Et ce fut inoubliable, fou, fou, fou ! Enfin, je n’ai pas de mot pour te décrire ce que nous avons ressenti.

— Tu n’as pas eu mal ?

— Non, aucune douleur. Rien qu’un bonheur sans nom, qui nous a fait planer, qui nous a emmené si loin que, lorsque je me suis retrouvée dans la forêt, couchée sur les feuilles mortes, dans ses bras, j’ai eu l’impression de revenir d’un autre monde. C’est te dire ! Tu as déjà connu cela, toi , maman ?
Solange demeura perplexe et réfléchit.

— J’ai du mal à te suivre, Hélène, je te l’avoue ! A ce point, je crois que non.

— Alors, tu ne peux pas savoir !

— Mais, bien sûr que si ! Seulement, je pense que ton expérience n’est pas forcément transmissible. Mais ne t’inquiète pas, ma chérie, je te comprends. Simplement, je ramène ton expérience lyrique, inexprimable et indicible, à quelque chose de beaucoup plus pragmatique. Et j’essaie de ne pas penser à ce qui va nous arriver, si jamais, tu n’as pas de chance. Tu sais, il y a des femmes qui tombent enceinte, en regardant un pantalon.
Hélène rit de bon coeur. Cela lui fit du bien.

— Ce n’est pas si drôle, je t’assure ! Je ne vais pas pouvoir dormir de la nuit ! Il ne me manquait plus que cela, pour que je perde totalement le sommeil, se plaignit Solange. Je ne partirai pas d’ici avant d‘être rassurée sur ton compte ! Enfin, te faire des reproches me paraîtrait, vu les circonstances, sans objet et ne changerait de toute façon, rien au problème. Il te faut prendre des précautions maintenant, ma chérie ! J’espère que ton fiancé est au courant. Quel âge a-t-il, au juste ?

— Vingt-six ans.

— Ce n’est plus un gamin ! Je ne comprends pas qu’il ait pu se laisser aller comme ça. Cela doit être un passionné…Solange s’interrompit un instant avant de poursuivre :

— Mais un fameux égoïste, aussi ! A ta place, je me méfierais. Les hommes passionnés sont terriblement attirants, mais ils sont aussi impulsifs, et souvent imprévisibles. Quant aux égoïstes… Investir sur eux à long terme, peut se révéler dangereux. J’aimerais te préserver, ma chérie. Hélas, s’il est un domaine où une mère ne peut pas faire grand-chose pour aider sa fille, c’est bien l’amour !
Solange eut à peine le temps de terminer sa phrase, que la porte s’ouvrit d’un coup sec, et que Steven apparut. Avec lui, une grande bouffée d’air frais envahit la chambre et surprit les deux femmes.

— Mhhmm, il fait bon ici ! Je ne dérange pas au moins, s’enquit-il, en souriant à sa femme ?
Celle-ci frissonna, plus désirable que jamais, dans son somptueux déshabillé saumon, que recouvrait pudiquement une délicieuse robe de chambre à larges volants, de couleur assortie. Hélène était assise, en face d’elle. Avec sa courte jupe bleue, son petit boléro rouge, sa queue de cheval espiègle, retenue par un ruban et sa mine boudeuse, elle avait l’air d’une gamine frondeuse. Steven la trouvait touchante, mais changée. Plus effrontée, moins timide. En un mot, plus accomplie. Et il sentait qu’il tombait dans la conversation des deux femmes, comme un cheveu sur la soupe. Solange rassura son mari d’un sourire et embrassa Hélène.

— Nous continuerons cette conversation demain, ma chérie. En attendant, va te coucher et dors bien.

— Ah, les enfants ! Le dicton a raison : “petits enfants, petits problèmes, grands enfants, grands problèmes,” soupira Solange, après le départ de sa fille, tout en tirant les rideaux de velours qui fermaient la haute fenêtre.

— J’espère que ce n’est pas trop grave, commenta Steven, sans chercher à en savoir plus.

— Je ne sais pas, pour le moment. Nous verrons bien.

— Tu as raison, darling, ne cherchons pas à compliquer inutilement une situation assez embrouillée comme cela. Je quitte Louis. Nous avons discuté, cet après-midi et ce soir, de la situation politique qui n’est guère brillante, et je t’avoue que je compte sur toi pour me changer les idées !
Solange, qui adorait son mari depuis leur première rencontre, il y avait déjà plus de sept ans, songeait à ce que venait de lui dire sa fille et éteignit la lumière. Elle tira les rideaux du baldaquin, pour augmenter l’intimité de leur couchette et enlaça son mari.
Le lendemain, Steven partit pour Paris et Solange fit la connaissance de François. Il était exactement comme elle se l’était imaginé. Brun, assez grand, la mâchoire carrée, terriblement séduisant et sûr de lui. On dirait aujourd’hui, un tantinet “macho”. Pas arrogant, mais un peu cynique, résolument moderne, avide de connaissances. Ses parents, dont il avait beaucoup parlé, étaient des petits fonctionnaires. Son père, invalide depuis la Grande Guerre, avait été blessé en 17, et laissé pour mort sur le champ de bataille. Le sang avait coagulé et il avait été sauvé par les croque-morts qui ramassaient les cadavres.
Ce détail avait fait frissonner Hélène, et François avait ri de sa sensibilité toute féminine. Solange, habituée à plus de réserve et à une discrétion britannique, avait trouvé qu’il manquait de délicatesse. Mais prudente, elle s’était bien gardée de tout commentaire.
Les dents régulières et blanches de François l’avaient impressionnée. Sa culture, toute neuve et un peu superficielle aussi, sans parler de son sourire carnassier. Cet homme était visiblement un ambitieux et cachait, Solange avait du mal à préciser quoi. Une vulnérabilité, un complexe ? Celui de son origine sociale modeste, peut être ? Il offrait un curieux mélange, paradoxal à plus d’un point de vue. Sa stature, autant que son âge, faisaient de lui, indubitablement, un homme accompli. Mais quelque chose d’incertain, dans son regard, trahissait un manque de confiance en soi. Il avait fait ses études aux frais de l’Etat, grâce à une bourse, et étalait quelque peu ce qu’il croyait être son “savoir”. Il se ruait sur les livres qui venaient de sortir, s’habillait au dessus de ses moyens, avec beaucoup de goût, il fallait le reconnaître, mais aussi un grain de vantardise qui déplaisait souverainement à Solange. Elle avait remarqué que son affectation dans ce village perdu ne l’enchantait guère, même s’il entendait faire, contre mauvaise fortune, bon coeur, et apporter aux enfants les bénéfices d’une pédagogie moderne qu’il avait l’intention de mettre en pratique dès la rentrée prochaine. Ses idées étaient bien arrêtées. Il en avait parlé avec Hélène qui, visiblement, buvait ses paroles, comme vin de calice.
A seize heures, Solange avait quitté les deux jeunes gens.
Ils s’étaient engagés dans un échange philosophico-politique qui tentait de comparer les mérites et inconvénients respectifs du fascisme et du communisme. Trouvant le sujet sinistre et ennuyeux, Solange avait préféré prendre congé et rentrer au château en musardant. Le côté nouvellement “intellectuel” de sa fille l’étonnait. Elle comprenait qu’on ait envie de faire des études pour s’assurer une place au soleil dans la vie, et acquérir une tête bien faite, comme disaient les Romains. Mais les conversations oiseuses, sur des sujets théoriques qui perdaient de vue la réalité quotidienne des faits, telle qu’elle du moins, la percevait, l’agaçaient.
Solange était en effet dotée d’un solide bon sens. Pragmatique et consciente de bénéficier d’un niveau de vie très privilégié et largement minoritaire, elle pensait que la démocratie libérale et parlementaire – telle qu’elle l’a connaissait et l’expérimentait chaque jour en Grande Bretagne- donnait toute satisfaction et permettait, en tout cas, de garder un certain équilibre social et politique. Elle ne voyait pas la nécessité de chercher autre chose pour résoudre les problèmes du chômage et soulager les misères humaines. Sincèrement persuadée que le libéralisme économique finirait, un jour prochain, par offrir aux classes laborieuses un confort et un mieux être qu’aucune civilisation n’avait jusque là réussi à leur donner, elle lui faisait confiance. Même si elle convenait que certaines populations connaissaient encore des conditions de vie plus que difficiles. Cela dit, les questions économiques et politiques, en général, la dépassaient elle le reconnaissait et elle préférait les laisser aux hommes, qui étaient capables d’en débattre pendant des heures, sans jamais, toutefois, déboucher sur rien de concret. Trottinant sur la route qui serpentait entre la double haie des arbres, elle mâchonnait une longue herbe, toute à ses pensées. Hélène la déconcertait.
Elle ne comprenait décidément plus sa fille. On a l’impression, se disait-elle, en abordant le chemin qui remontait vers le château, de bien connaître son enfant, et voilà que soudain, sans prévenir, on se retrouve prise au dépourvu, devant une créature qui change si vite qu’on ne peut plus suivre !
Solange se faisait du souci pour Hélène et trouvait que François avait tout, finalement, d’un opportuniste. Décidément, elle avait besoin d’un remontant ! Là où le chemin descend brusquement, pour plonger dans une flaque d’ombre bordée de frondaisons épaisses, elle accéléra le pas, contente de retrouver, toute crénelée et émergeant des feuillages, “la Belle Aurore,” qu’elle aimait tant, avec son toit pentu et ses hautes fenêtres.

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