Accueil          Blog           Romans

 
 
 
romans

-§ 3 - La Famille - 1ère partie -

Le projet "Soleya" - Sorianne, seule

Avec cet épisode, que je baptiserai “l’Affaire Soleya Riman,” cher lecteur, l’intrigue se corce. C’est un projet qui tient fort à coeur à notre héroïne, pour une raison que vous allez découvrir, disons peu orthodoxe, et qui va l’emmener loin… Bien plus loin que l’investissement financier…

12 juin 2112 11h du matin, Musée de la Villette. 6 -Sorianne, seule
Sorianne
-Elvyranne vous a t-elle parlé de notre projet de racheter Soleya Riman, de la Communauté de Silk-City, au Québec ? C’est une chanteuse à la voix d’or, elle est si émouvante, qu’en l’entendant, on en pleure à chaudes larmes ! Elle fait couler des ruisseaux suaves d’émotions sur toutes nos fibres nerveuses ! Parfois, de rauque, sa voix se fait velours, et c’est un véritable délice de l’entendre. A d’autres instants, c’est un pur cristal, qui nous fait atteindre des sommets de bonheur, bref le Nirvana musical ! C’est une artiste, comme vous n’en n’avez encore jamais entendue. Car nous avons découvert une technique chirurgicale pour améliorer les performances vocales qui était encore inconnue à votre époque.
Il a donc fallu que je me décide à faire du porte à porte, pour convaincre personnellement un maximum de citoyens de verser leur obole ! (Rien de tel que les contacts humains !) Le prix d’achat d’une telle vedette, pour une petite Communauté comme la nôtre, est si exorbitant, qu’il me fut impossible de rassembler assez de deniers communautaires. Une seule solution : faire appel à des donations privées !

Voilà la grande nouvelle, c’est pourquoi nous vous avons fait défaut pendant deux jours. J’ai embauché Elvyranne, Loïs et Engerran, pour faire campagne avec moi. Voyez-vous, quand un projet comme celui-là touche intimement l’un de nos proches, nous sommes solidaires. Cette mobilisation de tous, contribue à resserrer les liens et puis, c’est une aventure exaltante que nous aimons partager.

Alors voilà, j’ai mis sur le pied de guerre, outre les frères et sœurs de mes enfants, ma meilleure amie, Vassilia, ma sœur Marilsa, plus Alvinille, une amie de cœur d’Engerran, qui m’est aussi très proche, et bien sûr, le fils Edjlah, (qu’elle a eu avec mon Engerran !) et tous les membres de mon club de botanique ! Soit, pas moins de vingt personnes en tout !
Mais pourquoi, me direz-vous, tant de foin et cet engouement, pour une vedette dont la copie virtuelle peut être chez nous en appuyant sur un simple bouton ? Mais parce qu’Edjlah en est tombé amoureux fou, un jour qu’il était en visite dans une Communauté huppée de la côte Pacifique d’un pays d’Amérique Centrale, où se retrouvent de nombreuses vedettes. Une sorte de “St Tropez” moderne, si vous voulez !


Notre Edjlah, un soir, s’est retrouvé avec Soleya dans les bras, il ne sait même plus comment. Toujours est-il que, depuis cette soirée mémorable, magique entre toutes, il s’en est épris comme un fou. Et la belle, vous demandez-vous ? A-t-elle, en retour aussi fondu d’amour pour ce bel inconnu d’un soir ?
Eh bien, contre toute attente, oui ! Et pourtant, c’était une soirée tout ce qu’il y a de banale, une fête comme les Communautés chics et argentées en organisent régulièrement, mais où rares sont les invités issus d’origine modeste, comme nous. Encore qu’aucun ostracisme ne l’interdise. La preuve, puisque ce soir là, Edjlah faisait partie du nombre des invités. Je subodore qu’il devait cette faveur à son physique avantageux ! Grand, brun, doté d’un sourire ravageur, d’une bouche ornée de deux fossette et d’une mâchoire carrée, Edjlah, il faut le reconnaître, est un tombeur et séducteur invétéré.

*

Cette nuit là, le “Club des Romantiques” et fans de Soleya, tous hôtes de la “Communauté du Papagayo” avait dressé au bord de la plage, des tentes blanches splendides qui tendaient leur pointe brillante vers le ciel étoilé. Les invités pouvaient entendre le murmure des vagues et caresser du regard les palmes des cocotiers, lesquelles soulignaient de poétiques pinceaux de lumière or, argent et turquoise, artistiquement sculptés.

On avait installé sur une estrade, un orchestre tout en paillettes, digne de votre vingtième siècle, avec des instruments démodés, mais qui faisaient résonner des notes magiques dans la douceur veloutée du soir. Aux pleurs du violon, répondait le chant émotionnant de la trompette ou profond du hautbois, sur fond de murmures marins frissonnants. C’était divin !

Le banquet offrait toutes les ressources de la gastronomie internationale, et les dames étaient plus belles que jamais, dans leurs atours aériens, pailletés d’or et d’argent, froufroutant à souhait. Tulles, velours, soies, brocards ne se lassaient pas de mettre en valeur leurs atouts les plus précieux, dans un luxe d’imagination que vous auriez, j’en suis sûre, qualifié de débridé. Car nulle convention n’interdisait de cacher telle ou telle partie de l’anatomie des désirables, au contraire.
Ainsi, certaines avaient adopté la mode égyptienne et portaient haut leurs seins soutenus par une légère armature brodés. Dénudés, ils émergeaient voluptueusement, tels les atolls des mers tropicales, d’une débauche de soies et de tulles verts et bleus, figurant les profondeurs marines… Tandis que d’autres arboraient des jupes évanescentes, faites de voiles arachnéens ou de plumes, le tout seulement retenu par des noeuds ou des broches, dont l’objectif n’était pas de cacher quoique ce soit, mais de “mettre en valeur.” Certaines demoiselles montraient ainsi un pubis soigneusement épilé et enchâssé dans des paillettes ou du strass, comme un bijou précieux, parfois orné d’arabesques argentées ou dorées. Ces tenues soulignaient des cuisses fuselées, des fesses moulées à la louche, et des épaules ravissantes. A moins que ce ne soit des chûtes de reins époustouflantes.
Vos journalistes de mode les plus audacieuses auraient jugé ces robes osées, voire provocantes, ou de très mauvais goût. Mais ce ne sont pour nous qu’amusements anodins et clins d’oeil coquins à la féminité ! Puisque toutes ces coquetteries ne sont faites que pour être consommées le jour même, sans autre forme de procès et par tous les amateurs, sans autre limite que la fatigue. Alors, pourquoi se priver de plaisirs gratuits et si simples ?
Mais Edjlah et Soleya étaient, ce soir là, réellement tombés amoureux l’un de l’autre. Et s’étaient revus à de nombreuses reprises, au cours des fêtes sans nombre qui accompagnaient toujours ses tournées.

Pour Edjlah, c’était un marathon qui finissait par coûter fort cher, et pour les deux amoureux, ce n’était plus une vie. Le problème, voyez-vous, c’est que, paradoxalement, plus on gagne d’argent, moins on est libre vis à vis de sa Communauté ! Si vous êtes simple serveuse, portier, laveur de carreau, ou aide cuisinier, et que vous vouliez aller vivre à demeure auprès de l’élu (e) de votre cœur, même si c’est au bout du monde, pas de problème. Nul ne vous retient. Vous pouvez partir quand vous voulez, uniquement sous réserve, bien entendu, que la Communauté de votre partenaire vous accepte en bonne et due forme.

Mais si vous êtes un membre précieux, soit parce que votre Communauté de naissance vous a offert des études longues et poussées, soit parce qu’elle vous a formé dans un domaine d’élite, quel qu’il soit, et que vous rapportiez aujourd’hui gros, comme c’est le cas pour Soleya, pas question de partir sans laisser d’indemnités conséquentes. C’est pourquoi, Soleya, bien qu’elle possédât déjà un patrimoine non négligeable qu’elle pouvait laisser à sa Communauté en dédommagement, avait besoin de… se vendre aussi cher que possible !
Le marché des vedettes, voyez-vous, s’apparente un peu chez nous, à celui des œuvres d’art de votre époque, ou à celui des joueurs de foot ! Chaque vedette possède une cote. Et celle de Soleya, malheureusement pour nous, pour elle et pour Edjlah, était fort élevée !

Une première victoire avait été pour moi d’emporter l’adhésion de notre ministre des finances (qui avait autorisé l’acquisition), puis de notre député de quartier spécialisé dans les placements financiers, pour qui l’investissement se révélait d’autant plus juteux qu’il n’entendait pas acheter la vedette au-dessus d’une valeur plafond. Il ne me restait plus qu‘à trouver un financement complémentaire, pour arrondir la somme qui avait été mise à ma disposition.
Heureusement, j’étais douée pour l’argumentation. Je mis en avant les gains fantastiques que notre Communauté pourrait tirer du recrutement d’une telle vedette, soulignai l’intérêt pour nous et notre Communauté, d’acheter une chanteuse aussi adulée, talentueuse et pleine d’avenir et enfin, rappelai le plaisir que nous aurions à bénéficier en priorité de concerts privés et lançai l’estocade finale, en faisant miroiter des retours sur investissement prometteurs, pour les quelques chanceux qui auraient su miser au bon moment sur une affaire exceptionnelle et rare. (Je vous rappelle que dans notre Communauté, l’investissement privé est tout à fait licite, et même encouragé.)
Bref, en deux jours, j’avais rassemblé les fonds nécessaires et porté l’argent à notre député. Lequel avait pris désormais en main la suite des pourparlers.

Car, acheter un nouveau membre n’était pas qu’une affaire financière. Il fallait de nombreuses autorisations, politique, administrative, sanitaire et religieuse. Cela demandait du temps, des enquêtes et de la patience. Mais l’essentiel était fait ! Les deux jeunes gens n’avaient plus maintenant qu’à laisser le temps au temps. D’autant que rien ne laissait présager de difficultés. La jeune fille était belle, chrétienne, de bonne éducation. Sa Communauté d’origine jouissait d’une excellente notoriété, aussi bien sur les plans culturel, artistique que moral et ferait l’objet d’une alliance de premier choix. Il ne restait plus qu’à s’assurer qu’aucune opération de correction génétique ne serait nécessaire. Qu’elle apporterait du sang neuf et de bonne qualité et enrichirait notre patrimoine génétique, sans rien apporter de fâcheux dans ses bagages. Bref, la routine, c’est à dire malgré tout, au moins, six mois d’attente ! Mais après, la cérémonie promettait d’être grandiose. Je vous la raconterai en détail. Maintenant, je me sauve, j’ai tant de choses à penser !

Imaginez vous un peu ce que c’est qu’une telle noce à préparer ! C’est un événement exceptionnel. Ah oui, encore un petit détail, avant de vous laisser : il ne s’agit nullement de noces entre les deux jeunes gens, comme c’était le cas de votre temps, puisque vous le savez, nous avons aboli toute forme d’épousailles entre particuliers. Mais bel et bien d’un mariage entre deux Communautés ! Sur ce, mes chéris, je vous dis à bientôt ! Gardez vous en pleine forme.

Sorianne z

14 juin 2112, “la Charlette”, Commune de Villenavotte, 10h du matin. 7- Marilsa, rejointe par Loïs, Elvyranne et la petite Pépita, sa fille. -Marilsa : -Bonjour à tous ! Vous ne me connaissez pas encore mes amis, comme Sorianne vous l’a dit, je suis sa sœur aînée de deux ans. Je frise la quarantaine, mais chut, ça ne se voit pas du tout. Quant à mon look, (dont je suis très fière), permettez-moi de me présenter et de vous en toucher deux mots. Je suis aussi blonde que la belle Sorianne est brune, même si nous sommes issues du même couple ; je veux dire que nous avons, ce qui est assez rare chez nous, le privilège d’avoir les mêmes père et mère, lesquels d’ailleurs, vivent encore ensemble, amoureux comme au premier jour de leur rencontre. (Ce qui ne les empêche nullement de s’offrir quelques petites escapades purement sexuelles, ce qui ne fait que renforcer leur attachement réciproque !) Ils ont 56 ans tous les deux et sont absolument savoureux. Ado-ra-bles, craquants comme des jeunes gens ! Ah, je vous vois venir, vous vous dites… mais ce n’est pas possible, comment cela se fait-il, puisque nous avons aboli le mariage ? Certes, certes. Mais nous n’avons pas aboli l’amour, et pour rare qu’il soit, -je vous l’accorde – il n’a pas disparu pour autant. Nos parents, Francy et Sörn, vous en apportent la preuve vivante, indubitable. Sörn est agriculteur, costaud, comme ses ancêtres hollandais. Il est grand, blond-roux et ses cheveux sont bouclés, tout le contraire de Francy, qui est plutôt brune, petite, menue, coquette et sportive. Mon père est agriculteur bio, comme vous disiez autrefois, grainetier et accrocs aux variétés anciennes de légumes et de fruits, qu’il s’acharne à sélectionner et cultiver, selon la tradition des premiers rénovateurs de l’agriculture, un art qui lui a été légué par ses parents, et dont il vend fort cher les produits aux communautés voisines. Nous pratiquons ce que vous auriez appelé “l’agriculture de proximité” et vendons 80 % de nos produits de la ferme, directement au consommateur, dans un rayon de trente kilomètres maximum. Pourquoi irions nous nous casser la tête à vendre nos pommes, poires, tomates et asperges à des lieues, quand nous avons les débouchés sur place ?

Francy, elle, est intendante. Cela veut dire qu’elle a en charge l’approvisionnement de nos magasins de victuailles. Autant vous dire qu’elle met un soin tout particulier à sélectionner les meilleurs produits, volailles fermières et viandes issues de bêtes ayant passé leur vie au pré et élevées pour leur viande goûteuse. Je vous vois sourciller, un rien étonnés ! Mais non, nous ne mangeons pas des pastilles vitaminées et bourrées d’oligo-éléments, mais d’excellents produits, bien de chez nous, qui ont poussé sous nos yeux et tout naturellement, sans ces affreux O.G.M. de votre temps ! Les dérapages de votre époque nous ont servi de leçon, pas de ça chez nous ! Et puis, vous savez, nous sommes une petite communauté rurale, rien à voir avec les habitants des villes qui, eux, n’ont pas la chance de vivre au grand air, loin de tout confinement.

Je sais ce dont je parle, car nous avons aux abords de la capitale, non loin de la forêt-jardin, que vous appeliez jadis “Bois de Vincennes,” une communauté jumelle.

Sorianne vous-a-t-elle dit que nous appartenions à un réseau de soixante communautés, liées entre elles par mariage, et dont la population s’élève quand même à quelques trente mille personnes ? Sans parler de nos “Communautés-filles,” mais je ne les compte pas, car elles ne jouissent pas toutes des mêmes droits que nous, ni des mêmes ressources.

Bref, cette petite Communauté parisienne, baptisée du joli nom de “Petit Vin Blanc,” riche de quelques 250 personnes, est cependant beaucoup plus urbaine que la nôtre, bien que située en bordure d’un parc arborescent de toute beauté. Elle ne bénéficie pas de prairies, seulement de quelques arpents de bonnes terres où elle a installé, en bordure de Marne, quelques vignes, vergers et potagers, tout à fait insuffisants cependant, pour subvenir à ses besoins. Alors, nous échangeons avec elle nos produits de la ferme : fruits, légumes, viandes, plats cuisinés, champignons de la forêt et autres gourmandises de notre terroir, contre des services, tels que : chirurgie plastique ou cours d’art d’expression corporelle.

Vous savez, nous pratiquons beaucoup le troc à l’intérieur de nos communautés jumelles, loin de l’esprit purement mercantile de votre époque. Ainsi, pouvons-nous aller à la plage, à la montagne ou à l’étranger, nous former à toutes sortes de techniques, nous initier à des arts inconnus chez nous, tout en restant finalement dans la famille ! C’est très confortable et commode à la fois, aussi bien pour les adultes, que pour les plus jeunes qui ont ainsi, très tôt, une grande autonomie de mouvement et une indépendance formatrice. Mais, je bavarde et ne vous dis rien de ma vie ! Je suis “Maîtresse de chant” et j’ai fait mes études auprès d’un grand professeur appartenant au “Petit vin Blanc” et dont j’ai été éperdument amoureuse, il y a quelques années.

Notre amourette s’est terminée il y a deux ans, lorsque celui-ci est parti s’installer dans une de nos Communautés installée en Guadeloupe, un peu loin, vous en conviendrez, pour rester en relations très intimes ! Tant pis, je me suis consolée en me faisant soigner. (Il n’est pas rare que des gens aillent consulter pour une crise “d’amour” incontrôlable ! Heureusement, nous disposons d’une thérapie très efficace, mais qui n’empêche nullement – et heureusement ! – de garder au coeur comme une cicatrice, une petite nostalgie du bien-aimé, mais douce à la mémoire, comme celle que Jan-François m’a laissée. ) Mais, foin de mes histoires d’amour ! Je voulais vous parler de notre grande effervescence concernant l’arrivée imminente de Soleya Riman, la grande cantatrice et vedette millésimée, si vous voyez ce que je veux dire… Une étoile ! Une voix, comme il y en a une par siècle. Bref, une sensation à vous donner la chair de poule, de l’émotion pure. Et elle va venir chez nous, vous imaginez ?
Non, vous ne pouvez pas ! Toute notre Communauté en est remuée jusqu’aux tripes et ma classe de chant, en ébullition. Loïs, mon neveu, un génie dans son genre, (Sorianne a raison, c’est une lumière ce gamin !) Il nous a déniché, dans une galerie de son vieux musée poussiéreux, une petite merveille qu’il a fait remonter à la surface. Elle était enterrée dans de vieilles caisses oubliées. L’enregistrement d’une émission de votre époque, mes amis. Voyons : elle doit dater du début XXI è, si je ne me trompe, lorsque le siècle était tout jeune, deux ans peut être. Cela s’appelle “Star Académie” et j’ai trouvé les jeunes de votre époque si jolis, si frais, si romantiques, si remuants, au niveau émotionnel, vous comprenez ? Cela m’a inspirée ! J’ai décidé de créer ici, chez nous, à La Charlette, une “Charl’ Académie”, dont Soleya sera le phare, la vedette-locomotive ! Une pépinière de jeunes talents que nous pourrons ensuite louer ou vendre à d’autres Communautés ou des théâtres privés, voire même, nationaux. Il en existe encore, comme celui de la Bastille ou l’Opéra Garnier, dans les grandes villes principalement, où de nombreux citadins vivent seuls, en couples ou petits groupes, car ne croyez pas que tout le monde vive comme nous, en Communauté ! Que nenni ! Mais revenons à nos moutons, je vois déjà le nom de notre “Charl’ Académie” flamboyer en lettres de feu, tout en haut des affiches-laser ! La gloire, l’argent rentrant à flot! Des jeunes venant de partout, se former chez nous… -Zouille ! Nouilles et Tripes ! On frappe à la porte, qui cela peut-il bien être… CHHHUIIITT… -Ah, c’est toi, Loïs ! J’étais justement en train de dire… -Loïs : -Chut.. -Marilsa : -Mais qu’est ce qu’il y a ? Ah, Elvyranne ! Mais que se passe-t-il, vous me dérangez dans mon exposé, voyons. On ne respire plus ici ! -Elvyranne : -Loïs est sens dessus dessous, Marilsa ! Marlise, la responsable des archives historiques lui a montré, il y a dix minutes, tout à fait par hasard, un article de presse extrait d’un magazine de vulgarisation scientifique junior, datant de l’an… 2012. -Marilsa : -Et alors ? -Elvyranne : -Hé bien, c’est incroyable, il relate l’expérience d’une jeune et brillante étudiante américaine surdouée d’une petite et obscure université, qui aurait capté des émissions bizarres prétendant venir du futur, émises en français ! Tu te rends compte. C’est la première fois qu’on a un écho de notre expérience ! Bien sûr, l’article relate que nul n’a cru la jeune étudiante, incapable qu’elle fut de prouver ses dires. Le phénomène étant épisodique et d’après elle, aléatoire et non renouvelable à la demande, un peu comme les phénomènes psy qui furent longtemps tournés en dérision. Apparemment, elle n’aurait pas pu capter toutes nos émissions, qui lui seraient seulement parvenues par bribes … Pourquoi ? Mystère ! Mais elle cite quelques lignes qui sont la copie exacte des propos d’Elvyranne sur nos expériences communautaires qui lui apparaissent comme un progrès social décisif et sans précédent ! Regarde, c’est écrit ici en toutes lettres et après, l’article reproduit mot pour mot, un petit extrait de notre cassette N° 1. N’est ce pas exaltant et absolument sensationnel ? ! Le journal est daté de l’an 2012 ! Mais l’histoire fut jugée abracadabrante et grotesque et fut enterrée par les autorités, aussitôt que découverte et bien sûr, immédiatement tournée en canular par la rédaction bien pensante du journal universitaire de l’époque. Quoiqu’il en soit, pour nous, cette découverte n’est-elle pas fantastique ? -Marilsa : -Qu’a dit ton directeur ? -Loïs : -Rien, il est sceptique et dubitatif. Pour lui, ce genre de papier n’a aucune valeur scientifique, c’est plutôt une anecdote, il attend d’en savoir davantage, mais comme il sait que je suis féru de ce genre de découverte, il m’a tout de suite fait appeler et j’ai dit à Marlise, la responsable du service des archives du musée, de me prévenir, le jour où elle trouverait autre chose sur cette bizarrerie. En attendant, je me suis montré intéressé, curieux, comme il convient à un jeune scientifique en herbe mais pas trop, pour ne pas éveiller de soupçons. J’ai bien fait d’installer un deuxième studio ici, dans la crypte de cette chapelle, où aucune caméra n’est reliée à notre ordinateur central. A la longue, vos visites intempestives, tous les jours, à toutes heures de la journée, auraient fini par sembler suspectes. -Pépita : -Mais, Loïs… -Loïs : -Tais-toi, Pépita ! Mais, au fait, qu’est ce que tu fais là, toi ? Je ne t’avais pas entendu entrer ! -Pépita : -Maman, je voudrais poser une question au cousin Loïs. -Marilsa : -Vas-y ma chérie, qu’est ce qui te tracasse ? -Pépita : -C’est embêtant qu’ils l’ont pas crue la jeune fille du passé ? -Loïs : -En voilà une excellente question, très pertinente ! Non, non ce n’est pas ennuyeux, bien au contraire, j’en suis ravi ! -Loïs : -Cette histoire, amis et auditeurs du Passé, nous apporte la preuve que nos émissions ont bel et bien été captées par vous, quelque part, un jour au moins et peut être par d’autres encore que cette jeune Américaine ! Ah, si seulement un petit malin de votre époque pouvait nous répondre !
UN TEMPS DE RÉFLEXION -Vois-tu, Pépita, le plus important pour le moment, c’est que cela nous encourage à continuer, ma Grande !

Pour ce qui est de savoir dans quelle mesure nos émissions furent bel et bien captées, où et par qui, nous le saurons certainement un jour, les archives parleront, j’en suis certain. Mais en attendant, nous jouissons d’une tranquillité bien confortable pour continuer à faire fonctionner notre petit studio-radio d’un genre un peu particulier !
N’est ce pas, mes potes, auditeurs mystérieuxs qui vous cachez dans un repli de l’espace temps ? -Elvyranne : -Loïs, s’il te plaît, un peu de respect ! Ne parle pas à nos amis sur ce ton. -Loïs : -Bien, maman. Mais ils ont de l’humour, tu sais les ancêtres, j’en suis sûr ! -Elvyranne : -Tu veux bien te taire et ne pas m’appeler ainsi ! C’est d’un ridicule ! -Loïs : Vous voyez, amis du Passé ! Plus d’un siècle s’est écoulé mais les filles, elles, n’ont pas changé, c’est toujours les mêmes bêcheuses, toujours à se croire supérieures et à nous faire des remontrances -Elvyranne : -Trêve de plaisanterie, tu avais fini, Marilsa ? -Marilsa : -Oui, pour aujourd’hui. Je me suis bien éclatée, c’est super ton idée, Loïs, de m’avoir invitée, je t’en remercie. Je reviendrai. Enfin si tu veux, et si j’ai le temps ! -Loïs : -Mais garde le silence sur nos expériences, et n’en dis mot à personne, en dehors de la famille proche. Ni rien aux parents, au sujet du directeur… Ils croient qu’il est au courant au sujet de notre radio. -Marilsa : -Pourquoi, ce n’est pas le cas ? -Loïs : -Bien sûr que non ! -Marilsa : -Ah bon ! ??? (HÉSITATION) Ah, mais je comprends mieux sa réaction, maintenant. Mais, ce studio ? (Pause interrogative) Comment as tu fait, et l’autre, au musée ? -Pépita : -Loïs est un bricoleur de génie, maman ! Il a fait tout ça en cachette, c’est super, hein ? Tu ne diras rien, n’est ce pas, c’est notre secret ! Dis, maman, je pourrais parler moi aussi, dans la boite, et m’adresser aux enfants du passé ? -Marilsa : Mais bien sûr, Pépita, si ton cousin n’y voit pas d’inconvénient. -Loïs : Aucun. Tiens, jeune fille, amuse-toi, mais ne raconte pas de bêtises, je te fais confiance. -Pépita : -D’accord ! -Loïs : -Ne t’en fais pas, Marilsa ! Je reste avec notre jeune animatrice radio. -Marilsa : -Je te la confie. A bientôt, mes amis, Votre Marilsa !

-Marilsa : (sur le départ) -N’abuse pas du micro, Pépita, tu as invité des amis à la maison dans une heure, je te le rappelle !
-Pépita :
-D’accord, maman ! Euh…Loïs, je dis quoi à nos amis d’avant ?
-Loïs :
-Ce qui te passe par la tête. Ce que tu aimes dans la vie, ou ce que tu n’aimes pas ou bien, parle de tes amis, de notre village, de ce que tu veux. De toi aussi. Ce serait bien que tu commences par là, non ? -Pépita :
-Ok, ok. D’accord !

z


 


© 2007-2008 Monica Bender - All rights reserved - Tous droits réservés
Accueil · Développement & Hébergement: Noeza.com