Toute la famille est sur le pied de guerre ! Une vraie ruche, pour s’organiser, trouver des financements, et donner corps au projet fou, de la création d’une Communauté Fille ! Chacun fait des projets sur la Commette…

26 Juillet 2112, La Charlette, 16 heures 21- Sörn, Alvinille, Elvyranne et Lois, bientôt rejoints par Edjlah.
Sörn :
-J’aime pas ces réunions secrètes. On pourrait croire qu’on est des conspirateurs ! Loïs, pourquoi tu nous donnes toujours rendez-vous ici, dans cette cave nauséabonde, qui sent le salpêtre et l’humidité ?
Loïs:
-C’est un endroit secret et très pratique, personne ne peut ni nous voir, ni nous entendre et nulle caméra de surveillance n’y est installée. Car le lieu est désert et il n’y a rien, alentour, pour intéresser les foules. Hormis, une friche et un bois abandonnés.
Sörn :
-Et pourquoi, tu laisses toujours ce foutu micro allumé et cette radio qui grésille comme une vieille qui radote ? T’es un obsédé des gadgets qui ne servent à rien.
Elvyranne :
-Laisse, Grand Pa, notre Loïs adore taquiner le bizarroïde et il pense qu’en émettant le plus souvent possible, il pourra un jour, recevoir une réponse audible. GRÉSILLEMENTS DE LA RADIO
Sörn :
-Quelque chose comme ça ?
AL :
-Ne vous chamaillez pas pour des bêtises. Grand Pa, laisse Loïs tranquille, avec ces enfantillages. Loïs, tu reviens du Maroc, tu as vu Wilbur. Que dit-il de notre projet ?
Loïs :
-Oui, j’ai fait un saut là-bas. Eh bien, si nous arrivons à convaincre les autorités de la Charlette de l’intérêt de notre projet, et si nous arrivons tous à nous mettre d’accord, il est pour.
Al :
-En voilà une bonne nouvelle !
Elvyranne :
-Attends, Al, ne nous emballons pas trop vite. Nous devons maintenant négocier ferme avec le service investissement et le Préfet, pour obtenir un maximum d’aides et des compensations, pour tout ce que nous allons devoir abandonner.
Je vous signale que nous devons aussi, et c’est un préalable indispensable, attendre les résultats de l’étude de marché que Francy, Maman, Vassi et Papa ont lancé. Ils sont sur place en ce moment, et font l’inventaire de toutes les ressources et besoins de la région. D’après ce que d’Edjlah m’a dit tout à l’heure, il y aurait pas mal de perspectives intéressantes.
BRUITS DE PAS SONORES QUI RÉSONNENT
Loïs :
-Attendez, quelqu’un arrive ! Ah, c’est toi, d’Edjlah ! Entre vieux frère, tu as du nouveau ? Et Soleya, comment va notre artiste ?
EDJLAH :
-Bonjour à tous ! Nous avons fait une tournée sensationnelle. Mais nous n’en avons pas pour autant oublié notre projet. Nous nous sommes même arrêtés au Prieuré, en revenant de Clermont Ferrand.
C’est fou ! Tout le monde travaille dur à rassembler un maximum de données sur les environs et la région, de manière à monter un dossier en béton. L’équipe loge sur place, dans un superbe ancien hôtel, une vieille demeure des XVI et XVII è siècles, un peu délabrée mais qui tient encore debout.
Oh, Loïs, toi qui aime les pierres, neuves ou anciennes, tu adoreras ce coin. Dans l’auberge qui mérite une sérieuse remise à neuf, tout est délicieusement romantique et la construction est même flanquée d’une tour de guet, meublée à l’ancienne, avec des lits à baldaquins immenses. Sorianne est conquise, et notre Maîtresse de chant a déniché un vieux festival qui s’appelait “Le Printemps de Bourges,” tombé en désuétude à la fin XXI è siècle, à qui elle veut redonner son lustre d’autrefois.
Soleya a trouvé l’idée absolument géniale, vous vous en doutez, et a déjà contacté son attaché de presse et son impresario. Quant à Vassi-la-Conteuse, elle est enchantée du projet et pense pouvoir convaincre notre ministre de la culture de monter là-bas une école de comédie, de danse et de chant.
Silk-City, qui ne saurait rien refuser à sa vedette, a déjà fait savoir qu’ils financeraient à 50% la réhabilitation de ce vieux festival, si toutefois la Charlette consent, à son tour, à mettre la main au porte-monnaie. Bref, tout le monde est en effervescence.
Engerran étudie la faisabilité d’une liaison avec la ville de Bourges sur rail magnétique, ce qui ne coûterait pas très cher et nous brancherait sur une ligne du Fulgurant.
Al :
-Je me vois déjà coiffer toutes les vedettes du show biz international, inventer des coiffures, toutes plus somptueuses les unes que les autres, pour Philoména Starlight ou Ron Eroslove. Houah, toute la Jet Set se bousculerait dans mes salons !
GRÉSILLEMENTS
ELVYRANNE :
-Tu as remarqué, Loïs, que chaque fois, qu’on leur parle, la radio crache ! On dirait, non seulement qu’ils nous écoutent, mais en plus, qu’ils nous répondent !
SÖRN :
-Balivernes que tout ça ! Oublions ces grésillements ridicules, tu devrais couper cette saloperie de radio, fiston ! Que dit Francy, des possibilités agricoles là-bas, et des débouchés ?
EDJLAH :
-Tu vas être content, la région n’attend que toi. Il y avait bien dans le coin, il y a quelques dizaines d’années, une grosse exploitation, avec serres et cultures maraîchères. Mais elle a disparu, faute d’avoir bien su organiser sa distribution. Toutes les entreprises agricoles n’ont pas une Francy aux commandes ! Je pense que si tu as assez de monde, tu pourrais te diversifier et lancer là-bas une nouvelle activité.
GROGNEMENTS DE SATISFACTION DE SÖRN
LOÏS :
-Hé bien, tout ça ne se présente pas si mal. Je pense que notre affaire est en bonne voie. Je sais Sörn, que tu ne vas pas être content, mais j’aimerais bien dire un petit mot à nos amis, tu permets ?
SILENCE DE L’INTERPELLÉ
LOÏS :
-J’aimerais, amis de l’autre côté du temps, vous faire quelques commentaires. D’abord, si vous êtes bien là à l’écoute, et que vous pouvez nous entendre, faites un petit bruit !
SILENCE, suivi d’un rire sonore de SÖRN !
SÖRN :
-Tu ne vois pas que tu perds ton temps, mon garçon ! Bon, je me lève, je vois que vous n’avez plus besoin de moi. De toute façon, l’essentiel est dit.
Je vais de ce pas demander à mes gars, s’il y en a parmi eux, qui se sentent tentés par l’aventure et quelles primes nos autorités seraient prêtes à leur verser, pour jouer aux pionniers ! Je vous tiens au courant.
Et toi, Loïs, laisse moi te dire que tu es vraiment un gamin ! Quand je pense que tu vas bientôt avoir seize ans. Tes parents te laissent trop la bride sur le cou. Tu n’as vraiment plus l’âge de jouer avec toute cette quincaillerie !
AL et d’Edjlah, ensemble :
-Attends, Grand-Pa, si tu t’en vas, on t’accompagne !
BRUITS DIVERS
Al, aux deux hommes :
-Marcher seule à la simple lumière d’une torche dans toute ces friches ne me dit rien qui vaille. Les abords de cette chapelle sont vraiment mal entretenus, il faudrait en toucher un mot à Sorianne, elle pourrait faire quelque chose pour arranger ce coin !
LOIS ET ELVYRANNE, ensemble :
-Bonne nuit ! Rentrez bien. Edjlah, salue Soleya de notre part à tous les deux .
LOÏS :
-Nous non plus, on ne va pas tarder, petite sœur ! Qu’est-ce que tu penses de la situation, ?
ELVYRANNE :
-On en reparlera demain, si tu veux bien. Bonsoir, Loïs ! Et ne tiens pas compte des propos désobligeants de Grand-Pa ! Tu sais, il n’est plus tout jeune, et comme les vieux, il a des idées toutes faites.
Bonne nuit, frérot et à vous aussi, les Anciens !
*
22 -LOIS ET ELVYRANNE, même lieu que la veille
le lendemain matin, 27 juillet, à l’aurore
ELVYRANNE :
-Ah quel temps superbe ! Regarde, Loïs, le soleil se lève à peine et la rivière ressemble à un ruban d’argent. Tu vas tailler des pierres aujourd’hui ?
LOIS :
-Oui, comme tous les jours. Puis, j’irai à mon cours de physique. Tu sais, si nous obtenons les crédits dans un délai raisonnable, je pense qu’on pourrait partir s’installer au Prieuré assez rapidement. Pour ma part, je trouve cette aventure incroyablement exaltante ! D’après ce que maman m’a dit au téléphone, les bâtiments sont en assez bon état, ainsi que les sanitaires, même si les installations sont spartiates.
Il faut vous dire, Amis auditeurs, que notre projet à Elvyranne, la Famille et moi, passe pour complètement délirant auprès de nos copains de classe. Même s’ils s’accordent à le trouver généreux.
Pour la plupart, en effet, aller s’installer au Prieuré, c’est un peu comme si on leur proposait de revenir à l’époque des diligences. Bref, à votre bon vieux temps ! L’idée leur paraîtrait romantique certes, mais quelque peu foldingue!
Car là bas, nous le savons, il n’y aura aucun loisir technologique, pas de théâtre-laser, pas de réalité virtuelle, aucune installation de cinéma physique, ni rien de moderne. Et pas davantage de confort : ni sauna, si thermes, ni salons de beauté ou de massage au coin de la maison, ni même, un dentiste ou un médecin.
Quant à une gare de fulgurant, pour le moment, il n’y en a pas, et il n’y en aura pas avant longtemps ! Il faudra trouver je ne sais encore quelle astuce, nous rendre en ville et accepter de faire la queue pendant des heures, comme n’importe quel citadin, auprès des rares praticiens surchargés qui reçoivent dans des dispensaires généralement crasseux et hors d’âge.
C’est que, voyez-vous, la vie en communauté est un privilège, voire même un luxe. Car nos communautés sont élitistes. Du moins les plus anciennes, comme la nôtre.
Certes, elles sont prêtes à débourser beaucoup d’argent pour s’acheter telle ou tel artiste, chirurgien, dentiste, ou artisan coté. Mais pour y entrer, lorsqu’on n’est qu’un simple citoyen ordinaire, c’est une autre paire de manche, voire, mission impossible. A moins d’être parrainé par l’un des nôtres et que la demande soit évidemment acceptée par les autorités.
ELVYRANNE :
-Tu devrais leur parler de l’aventure qui est récemment arrivée à l’une des collègues de Al. Tu te souviens de cette fille qui a pleuré l’année dernière, pendant des jours, et que le médecin a finalement envoyée à Silk-City, pour se changer les idées, sur les conseils et la haute recommandation de Soleya ? Son histoire illustre parfaitement tes propos.
LOIS :
-Ah oui ! Elle était tombée follement amoureuse d’un jeune citadin habitant Sens, si mes souvenirs sont bons. Elle l’avait rencontré un soir à l’Université Populaire, où elle s’était inscrite pour suivre des cours de coiffure et d’esthétique. Mais excuse moi, je n’ai pas très bien suivi cette histoire.
ELVYRANNE :
-Tu ne te souviens pas ? Sa famille a fait des pieds et des mains pour que la Charlette adopte le jeune homme, mais en pure perte. Je n’ai jamais su pourquoi au juste.
LOIS :
-Oh, c’est très simple Amis de l’Au delà du Temps. Il ne devait pas satisfaire aux critères édictés par notre parlement, tels que : garanties sanitaires suffisantes, héréditaires et médicales, niveau d’études et compétences professionnelles. A moins que sa moralité n’ait pas été jugée satisfaisante ou son état psychique assez équilibré. Ou encore, qu’il n’ait pas été jugé apte sur le plan physique. Parfois, être myope, bien que cela s’opère très facilement ou simplement paresseux, avoir les pieds plats ou être violent, hyper agité ou rebelle, suffit à faire perdre toutes ses chances à un candidat. De toute façon, les décisions du Comité sont sans appel et celui-ci n’est pas obligé de fournir de justification.
ELVYRANNE :
-Il faut vous dire, cependant, que nos communautés ne sont pas aussi égoïstes et sans cœur qu’il y paraîtrait, au premier abord.
En effet, nous avons mis au point un système de création de Communautés-filles, beaucoup plus accueillantes aux étrangers, simplement parce qu’elles démarrent et ont besoin de sang neuf et de bras ! Comme celle que nous voulons créer au Prieuré. Ce lancement, cette génération d’une nouvelle Pousse, coûte très cher. Mais c’est un investissement pour le futur, une garantie de survie et un enrichissement au final, car nous savons que tout ce qui ne grandit pas, régresse.
Évidemment, à l’origine, ces créations sont toutes le fait de pionniers, de défricheurs, de gens qui n’ont pas froid aux yeux. Car, partir ainsi de rien, suppose beaucoup de courage et de dévouement.
En effet, créer une nouvelle Pousse, comme le Prieuré, s’accompagne de renoncements importants. Renoncements, tout d’abord au confort d’une cité dotée de tous les agencements les plus sophistiqués, à la sécurité d’un avenir tout fait et à bien des loisirs, puisque la communauté naissante est, par essence, pauvre et démunie de tout.
Mais rassurez-vous, notre Communauté “la Charlette” ne ferme pas définitivement ses portes à ses émigrants, puisque nous conservons notre passeport, et un crédit limité sur nos cartes, sans parler d’un droit de circuler et séjourner dans n’importe quelle communauté parente du réseau.
Elle assure aussi un rôle de formation et de conseils et délègue autant de juristes, magistrats, comptables, professeurs, personnels d’encadrement qu’il en faut, jusqu’à ce que la communauté-fille puisse camper seule sur ses propres ressources en la matière. Une seule exigence : nous devons remplir nos engagements, conformément à la charte que nous allons probablement signer, et dans les délais impartis. Ce qui suppose la réalisation de nombreux projets, tels que la construction d’infrastructures, de bâtiments, gares, hôpitaux, écoles, trains, etc… Sans oublier le développement d’une agriculture et de services culturels.
LOIS :
-Pour réaliser tout cela, il nous faudra évidemment des bras, beaucoup de bras, et des têtes bien faites et bien pleines.
Ce qui suppose de faire de nouvelles recrues. Nous demanderons alors des crédits auprès de notre gouvernement de région, qui nous en accordera au prorata du nombre de nouveaux adhérents que nous recruterons, et du nombre d’enfants que nous scolariserons par an.
Tous les candidats sont issus des villes : chômeurs, SDF, laissés pour compte, émigrés. Mais aussi citadins aisés, désireux de se rendre utiles, ou fatigués de leur vie citadine, égoïste et aventureuse, ou personnes âgées, sans héritier, que nous accueillons et à qui nous fournissons l’affection qui lui fait défaut . (Si nous en trouvons, c’est bien sûr, la pépite d’Or ! Car certians sont très riches ! Cela peut être comme dans ce dernier cas, des personnes cherchant à s’assurer une vieillesse heureuse et à l’abri du besoin. Nous allons les sélectionner dans des agences spécialisées, qui ressemblent un peu à vos anciennes A.N.P.E.. Nous définissons les critères d’âge, de sexe, de compétences professionnelles requises et affichons le nombre de personnes recherchées. Il n’y a pas de limites d’âge, si bien que chez nous, une personne compétente, ou riche, quelque soit son âge, peut être engagée, sous réserve d’une santé convenable, pour les moins aisés. Toutes ces données sont fournies aux agences spécialisées, qui les font circuler et les publient, pour toucher le plus grand nombre de postulants.
Ainsi, aujourd’hui, avec notre Conseil de Famille, trois délégués de notre Conseil Communal et trois autres du Conseil Régional, nous allons dresser la liste des compétences nécessaires au lancement de notre projet et de tous les avantages que nous proposons.
Ce n’est pas tant qu’il faille offrir un pont d’or aux divers postulants, car beaucoup vivent en dessous du seuil de pauvreté et de sécurité, mais il faut savoir que toutes les communautés recherchent la même chose, c’est à dire des perles rares : charpentiers, plombiers, chauffagistes, architectes, ingénieurs, médecins, dentistes, professeurs, artistes, ou riches retraités, etc… Sans parler des ouvriers qualifiés, dûment recommandés et possédant un CV irréprochable. Toutes ces personnes étant très recherchées, il y a surenchère, forcément.
Ce sont donc les communautés qui donnent le plus de crédits à leurs pionniers, leplus d’avantages, et les plus malins d’entre eux, ou ceux qui ont le plus d’entregent – qui par la force des choses, raflent les meilleurs ! Autant dire qu’il est nécessaire de faire marcher toutes ses relations et le système D à plein régime.
ELVYRANNE :
-Oh, Lois, il est près de huit heures et nous n’avons pas pris notre petit déjeuner, nous devons vous quitter maintenant les Amis, et vaquer à nos occupations.
LOIS :
-Oui, tu as raison, sauvons nous ! Bonne journée !
Votre Loïs ! Bien le bonjour de votre Elvyranne !
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