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§ 15 - La Famille - 2ème partie -

Père et fils. Engerran, Loïs...

Où l’on voit la Communauté du Prieuré sortir de terre et s’affirmer, prospère et pleine de sève… Et peut être Loïs, s’offrir un dérapage lourd de conséquence…


train

Le Prieuré la “Madeleine” 1er mars 2114, midi 29 – Engerran, Loïs (chez lui)

Engerran :

-Bonjour, quelle belle journée. Le printemps s’annonce ! Ah, mon fils, je suis heureux qu’on se retrouve enfin pour passer un petit moment ensemble avec nos amis, que nous avons délaissés, il faut bien le reconnaître.

Pardon à tous, mais nous étions abrutis de travail ! Enfin, les résultats sont là et spectaculaires ! Le dernier tronçon du rail, qui nous reliera à Bourges, vient d’être mis en place, hier ! Et nous attendons la livraison des voitures pour le tester. Contrairement à celui de la Charlette, équipé de voiturettes à deux ou quatre places, nous avons choisi des petits taxis collectifs à six, huit ou douze sièges, (bon marché) et des voitures bar ou bureau, ainsi que des voitures salon plus luxueuses et plus chères, qui glissent en silence et sans secousse, sur un matériaux poreux et léger. (Savez-vous que, de votre temps déjà, des chercheurs comme Sheldon Weinbaum, à New York, y avaient pensé, en observant l’effet ascenseur de la neige compressé sous le poids d’un skieur ? )
Tiens, j’ai une idée, on pourrait les appeler “Matatu,” comme ceux qu’on trouvait jadis, au Kenya.
Qu’en penses-tu, Loïs, ce serait amusant, tu ne trouves pas ?

Loïs :
-Oui, pourquoi-pas ! Une référence au passé pour un véhicule d’avant garde, ça me plaît assez ! Comme l’idée de marier pour la gare, des matériaux ultra modernes, comme les fibres végétales, avec la pierre et le bois !

Engerran :
-C’est une idée de notre archi ! Le hall de la gare, tout en résine de synthèse transparente, sera splendide et très lumineux. Johanne a vraiment été inspirée de marier la brique, le bois et la lumineuse transparence d’un matériau léger, résistant et moderne. Je compte équiper notre centre ville de la même manière. Mais Wilbur a également fait du bon boulot. En passant ce matin devant notre maison commune, j’ai pu constater que l’école, le dispensaire et la plupart des maisons d’habitation étaient terminés, au moins pour ce qui est du gros œuvre.

Loïs :

-Nous attaquons les finitions intérieures. les sanitaires, la plomberie et l’électricité ont déjà été posés. Je pense qu’en tant que Président, tu pourras lancer les invitations pour l’inauguration officielle de notre Prieuré, vers la mi-juillet. Cela tombera bien, notre Elvyranne aura accouché.

Engerran :
-Oh cela fait un siècle que je ne l’ai pas vue, comment va-t-elle ? Elle n’est sûrement pas loin de son terme maintenant. J’espère qu’elle ne m’en veut pas trop, mais rentrer tous les soirs du chantier était vraiment impossible. Et puis, nous avions une telle hâte de finir, que nous avons travaillé vraiment tous les jours. Parle moi du bébé, c’est un garçon ou une fille ?

Loïs :

Un garçon ! Mais je suis tombé sur la tête quand j’ai appris qu’elle ne voulait pas l’élever ! Tu sais, le soir de la fête que nous avons donnée pour l’inauguration de notre centre commercial, toutes nos dames sont venues parées de leurs plus beaux atours, sauf Amida, mais c’est un autre problème.
Bref, Elvy a fait sensation, en arborant une tenue extraordinaire et des plus provocantes je dois dire. Juchée sur des talons interminables en nialgon transparent, finement striés d’or, elle s’était drapée dans une cape de velours verte tombant jusqu’au sol, mais le reste de son corps était nu sous un voile diaphane ! Couronnée d’une spirale dorée en forme de volcan renversé, ses cheveux, rassemblés au dessus de sa tête, montaient très haut et émergeaient d’un petit cratère doré à bien vingt cinq centimètres de hauteur. Comme de la lave en fusion incandescente, ils ruisselaient ensuite sur ses épaules, faisant étinceler des mèches rousses, entrelacées de fils d’or ! Ses seins pris dans deux petites cages, toujours en forme de spirales, formaient deux cônes, terminés par deux petites flèches, dont le symbolisme reste à interpréter. Quand à son ventre rebondi, nu sous un voile transparent, elle l’avait également décoré d’une spirale dorée, qui prenait naissance entre ses seins.

J’avoue que nous sommes tous restés pétrifiés devant cette déesse de la maternité triomphante. Je n’avais jamais vu de tenue aussi extravagante. Enfin, tout ceci est anecdotique, mais après la soirée, nous avons un peu discuté et elle m’a confié qu’elle donnerait l’enfant à élever à AL. Et qu’elle retournerait ensuite à la Charlette, pour y poursuivre ses études interrompues. D’abord, elle trouve qu’elle a assez donné au Prieuré et ensuite, qu’elle n’a pas de don pour l’éducation des enfants !

Engerran :

-Mais alors, pourquoi en voulait-elle un, et tout de suite encore ? Pas par amour pour le père, elle sait à peine qu’il existe !

Loïs :
-Tu vas en tomber sur la tête : simplement pour la gloriole de se savoir mère, pour l’honneur, excuse moi, j’allais dire …pour la frime ! En tout cas, pour se pavaner avec son ventre rond et proéminent ! Je crois que c’était la seule chose qui l’intéressait.

Engerran :

-J’en reste sans voix. Tout cela est d’une frivolité sans nom ! Enfin, elle est très jeune, elle mûrira ! C’est là son excuse.

Loïs :

-Oui, je n’ai fait aucun commentaire. Je croyais Elvyranne assez mure pour son âge, mais là vraiment, son manque de maturité ressort en beauté. Quand je pense qu’elle ose me donner des leçons !

Engerran :
-Pourquoi ?

Loïs :

-Oh, pour une bêtise que j’ai faite, c’est vrai ! Je le reconnais. Mais qui n’en fait pas ? Seulement, Elvy a une façon de te crucifier de toute la supériorité de son raisonnement, comme si tu étais le dernier navet du monde, qui me blesse chaque fois profondément. Nous sommes un peu en froid.

Engerran :

-Qu’est ce que tu as fait ?

Loïs :

-J’ai engueulé nos auditeurs !

Engerran :

-Quoi ? Mais pourquoi ?

Loïs :

-Oh, à cause de Wilbur et de son entêtée d’Amida, qui ne veut rien savoir, et entend rester drapée à vie dans ses bandelettes de momie ! C’est vrai, je le confesse, je me suis un peu lâché !

Engerran :

-Et qu’as-tu dis de particulier ?

Loïs :

-Qu’ils avaient inconsidérément laissé entrer des dizaines de milliers d’émigrants musulmans, qui aujourd’hui, nous narguent et nous squattent et inconsidérément accueilli, au XXI è siècle, la Turquie au sein de notre Grande Communauté Européenne, sans tenir compte des retombées démographiques ou culturelles, sans parler du choc de civilisation que cela allait engendrer, conséquences pourtant prévisibles, dont leurs descendants, (nous, en l’occurrence,) ferions immanquablement les frais. Et que toute l’histoire avec Wilbur, tout ça, c’était de leur faute ! Je me suis un peu emporté, je l’avoue. Pardon, les amis !

Engerran :

-Bon, tu t’es excusé, c’est l’essentiel. De toute façon, même de leur temps, je te signale quand même que soixante pour cent des Français étaient contre ! C’est une coalition d’intérêts étrangers, et en particulier américains, qui a fait penché la balance dans le mauvais sens.

Tout ce que tu leur as dit, au sujet de la Turquie ou des difficultés à intégrer les islamistes, ils le savaient déjà, rassure-toi. Avec tous ces attentats qui ont secoué le siècle dernier ! Je t’assure, tu ne leur as rien révélé qu’ils ne connaissaient parfaitement. Et puis, il y avait aussi ceux qui ne croyaient pas en une Europe politique, et qui pensaient que cet élargissement au moins, garantirait, à défaut, un grand espace de paix et un vaste marché. Et c’était vrai, nous n’avons plus eu à déplorer de guerres sur nos territoires ! Et finalement, la Communauté Européenne s’est quand même constituée. Peut être pas comme nous l’aurions souhaitée, mais quand même, elle est là et nous garantit de vivre en paix. Nous n’en dirons pas plus.


Quelles sont les nouvelles des autres ?

Loïs :

-Maman met la dernière main à la décoration de sa maison, Elle viendra en parler ici même. Elle est ravie, car la ville de Bourges lui a confié le nouveau projet d’aménagement de ses jardins et elle est en pourparlers pour un autre projet.

Engerran :

-Ah oui, je pense qu’on lui confiera également, si ses prix sont raisonnables, la création d’une aire horticole de part et d’autre de la ligne magnétique ! Soit, soixante dix kilomètres à aménager et entretenir en tout, ce qui est énorme et lui assurera du travail à l’avenir. La bande s’étendra sur cinquante mètres de large environ, de chaque côté de la ligne. On envisage aussi la création de petites gares intermédiaires, avec aires de parking pour 4 × 4, agrémentées de jardins, pelouses, fontaines et cafés-restaurants, avec terrasses et aires de jeux pour les enfants, soit en tout, quatre surfaces de 8000 m2.

Loïs :

-Combien de haltes sont prévues ?

Engerran :

-Deux, dans chaque sens.

Loïs :

-C’est super !

Engerran :

-Oui, le gouvernement régional espère convaincre de nouvelles Communautés d’imiter La Charlette et de venir installer des filles à proximité de ces gares. Cela redynamiserait la région, et permettrait de remettre en vie des villages abandonnés. Il y voient un moyen d’assainir les villes, tu comprends, en fixant des populations sur des territoires inoccupés. C’est bien vu !

Loïs :

-En effet.

Engerran :

-Ce que nous avons fait en moins d’un an a complètement épaté tout le monde, et je crois que, lors de l’inauguration de nos nouvelles installations, en Juillet prochain, si tout se passe bien, le Président de la France, et un représentant du chef de l’Etat, devraient venir faire un discours. Il paraît qu’en haut lieu, et même à Bruxelles, on fait des gorges chaudes de notre expérience ! Tu te rends compte !

Loïs :

-Eh ben ! On ne se doutait pas , il y a un an, qu’on en serait là, aujourd’hui. C’est incroyable, lorsque l’on considère le chemin parcouru !

Engerran :

-Oui. Tu as raison, fiston ! Mais dis moi, où en est le projet de Soleya, au sujet de ce festival oublié ? Je n’ai pas suivi le déroulement des opérations. Cela avance ?

Loïs :

-Vassi, Al, Soleya, Marilsa, et Edjlah ont planché d’arrache pied sur la renaissance du “Nouveau Printemps de Bourges,” dont la première réédition devrait avoir lieu l’année prochaine. Ce sera un événement considérable pour la région ! Et pour nous !

Engerran :

-Finalement, tu vois, cette histoire avec Wilbur n’a pas produit que du mauvais ! Qui aurait pu imaginer une telle suite à cette histoire ?

Loïs :

-Oui. Mais si tu veux bien, on continuera cette discussion un autre jour, papa ! Je suis fatigué.

Engerran :

-C’est ok ! Je rentre, ton installation m’est par trop inconfortable. Bonjour aux amis. Tiens, je remarque qu’il y a un bail qu’ils ne se sont pas manifestés !

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