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§ 16 - 2ème partie - La Famille -

L'improbable contact. Lois seul...

Où nous commençons (peut être… ) à réaliser à quel point Loïs, l’apprenti sorcier joue avec le feu ! Mais pendant ce temps, Sorianne, elle, est occupée par une histoire bien plus prosaïque : que faire d’Amida, laquelle, malgré tous les efforts de Wilbur, reste imperméable à tous ses arguments et refuse de s’intégrer à son nouveau monde.

Le Prieuré la “Madeleine” – 5 avril 2114, 2 heures du mat. 30 – Loïs (seul) Loïs :
-C’est vrai ça, les potes, Papa a raison, bon, je vous ai vexés, mais je me suis expliqué, y a pas de raison qu’on reste en froid, comme ça encore longtemps. Je n’ai rien dit à personne, mais avec les réglages fins que j’ai apportés au récepteur, vous ne devriez plus avoir de difficultés à vous manifester, au moins en morse. Même si vous ne pouvez faire mieux ! C’est assez long et fastidieux, je sais, mais c’est mieux que rien ! J’en suis sûr, vous pouvez me répondre, alors faites le, là maintenant !
-clic, clic, clic
-Super génial ! Vous êtes une fille ou un mec ?
-clic, clic, clic

-Girl ! Une fille, ça c’est chic ! On va se comprendre. Plutôt jolie, hein ? Un mètre soixante dix, 90 de poitrine et 55 kg, dis donc, tu devais en jeter !
-clic, clic, clic !

-Je m’en doutais ! Tu parles d’une veine, et aussi sacrément futée. Tu me captes depuis longtemps ?
-clic, clic, clic – Depuis le début ? C’est le top ! En quelle année es-tu ?
-clic, clic, clic

-En l’an 4 ? 2004 ? C’est ça ?
-clic, clic, clic

-Oui ! 2004 ! C’est un scoop ! Tu es à l’université, je suppose. Oui ? En Amérique ? Je m’en doutais. Ici en Europe, et particulièrement en France, à cette époque, on n’aurait jamais eu ni la technologie, ni l’ouverture d’esprit suffisante pour faire ce genre d’expérience. Mais c’est génial que nous nous soyons retrouvés, tu m’en vois ravi ! Tu as sûrement un journal dans ton université. Tu sais ce genre de canard où les jeunes s’exercent au journalisme et qui est lu par les étudiants ? Ce que je te suggère, c’est de m’écrire. Tu n’auras qu’à passer des petites annonces. Tu vois à travers lesquelles tu pourrais me faire passer tout ce que tu veux me dire. Comme correspondre en morse est lent et laborieux, on aurait là un moyen de communiquer beaucoup plus rapide. Il me suffirait ensuite de rechercher le numéro du journal, la date et de trouver notre mot de passe. Qu’en penses-tu ? C’est ok ?
-clic, clic, clic…

Loïs :

-Ouhai, on va mettre ça au point, mais c’est notre secret, ne t’avise pas d’aller parler de notre, disons …rencontre, à qui que ce soit ! J’ignore ce qui nous arriverait, mais je préfère ne pas y penser. Je ne crois pas que ce serait bien vu. Écoute, avec la famille, nous allons continuer à te parler comme si de rien n’était. Envoie des grésillements de temps en temps, ils y sont habitués. Ce serait plutôt leur absence qui, maintenant, éveillerait des soupçons. Moi, je ne dirai rien à personne et en secret, j’irai chercher tes réponses. Il me suffira d’aller me brancher sur la bibliothèque de ton université et par le net, j’aurais instantanément ton courrier. Que penses-tu de cet arrangement ?
-clic, clic, clic…

Loïs :

-OUI ? Bien. Et, comme nom de passe, que dirais tu de “Morse”, justement ? Cela n’éveillera l’intérêt, ni la curiosité de personne ! Cela ne veut rien dire, c’est d’un commun, on pensera à un surnom, banal. Allez, on commence demain qu’en dis-tu ? C’est ok ? Wahooo ! On va s’éclater…

Lois

*

Note N° 4,

J’ai retrouvé sur une disquette séparée, cet étrange fragment d’enregistrement. Rien avant, rien après. Je pense qu’il s’agit d’un oubli ou d’une erreur de sa part. Loïs n’avait certainement pas l’intention de garder quelque preuve que ce fût de cette extraordinaire conversation ultra confidentielle. Qu’il eût de toute façon niée, même sous la torture ! J’ai cherché par la suite dans les archives de toutes les feuilles de chou estudiantines d’outre Atlantique, si par hasard, je trouvais des petites annonces signée “Morse”, mais en vain. Bon, c’est vrai que cela revenait à rechercher une aiguille dans une botte de foin. Mais le fait de n’avoir rien trouvé n’implique nullement qu’elles n’aient pas existé.

NB. Le fait qu’on ait un jour trouvé un entrefilet dans la presse américaine, relatant l’expérience d’une étudiante qui aurait reçu des émissions du futur, laisserait à penser qu’il y aurait quand même anguille sous roche. Mais tout cela reste à démontrer et je l’avoue, relève jusqu’à preuve du contraire,…de la science-fiction ou du canular !

votre Elvyranne

Le Prieuré-la “Madeleine” 25 avril 2114, 21 h (chez Loïs) 31 Sorianne, Wilbur, Engerran, Al, Amida Sorianne : -Cette réunion est informelle. Néanmoins, le sujet est sérieux et je vous parle, non en mon nom, mais en tant que préfète. Si j’ai fait venir Engerran, c‘est en tant que Président et toi Al, en tant que témoin. Les décisions prises aujourd’hui seront irrévocables et feront l’objet d’un procès verbal que nous signerons tous. Vous savez que nous allons recevoir en juillet prochain toute une délégation officielle, nous serons filmés et sur le devant de la scène internationale. Chaque foyer, chaque Communauté, en France, eneurope et dans lemonde entier,chaque citoyen, nous recevra chez lui dans son intimité. La Charlette sera à l’honneur. Nous nous devons de donner une image parfaite de notre nouvelle Communauté. Le Prieuré-Sainte-Madeleine doit se montrer tel qui est, dans sa sincérité la plus transparente et justement, à cause de notre belle réussite, être fier de lui ! Nous avons intégré des personnes de toutes couleurs, de toutes origines, sans domicile, sans papier, qui avait perdu tout espoir, sans présent et sans avenir, et leur avons redonné une famille, un foyer, un travail et une vie digne d’être vécue. Vois-tu, Amida, lève-toi s’il te plaît ! BRUIT DE CHAISE C’est en faisant cela que nous honorons notre Dieu et Jésus, son fils, venu nous prêcher la Bonne Parole. Tu l’as vu, tout en haut de la colline qui domine la rivière ? N’est ce pas ? Nos jeunes lui ont dressé une très belle statue, copie conforme de celle de Rio, au Brésil, superbe effigie qui, les bras grand ouverts, montre combien notre Dieu est bon, universel, généreux et accueillant à tous. C’est un Dieu compatissant, doux, magnanime, qui n’exige rien, n’attend rien d’autre que nos bonnes volontés, pour venir le rejoindre. Amida ! C’est à toi que je parle ! Cesse de regarder tes pieds, et ose relever les yeux. Vois-tu dans mes paroles quelque chose à redire ? Quelque chose qui te choque ? Articule, je n’entends rien à ton baragouin. Silence ! Non ? J’en prends bonne note, poursuivons.
Nous avons instauré ici, au Prieuré, une fraternité, comme peu de Communautés, même chrétiennes, en connaissent. Tout le monde travaille, tout le monde sert, tout le monde participe à égalité, dans une communion exemplaire. Et tout le monde se réunit le dimanche, pour glorifier notre Seigneur et le remercier de ses bienfaits, sauf une personne et tu la connais fort bien, Amida ! Je te fais savoir aujourd’hui même, puisque toutes les tentatives privées pour essayer de te raisonner ont échoué, que ce scandale doit cesser. Tu es notre honte. Tu te comportes d’une façon inqualifiable, tu restes terrée chez toi, et quand tu sors, c’est plus comme un zombie, que comme la jeune femme heureuse de porter son enfant et fière d’elle même, que tu devrais être ! Nous ne pouvons plus le tolérer. J’aime mieux te prévenir tout de suite que nous nous montrerons inflexible. Si tu continues de refuser de t’intégrer à notre Communauté, tu en sera chassée. Sans aucun espoir de retour, je précise. Et Wilbur ne te sera d’aucun secours. -S’il te plaît, sors de ta léthargie et regarde moi, tu as bien compris ?

Amida : (dans un balbutiement )
-Oui.

Sorianne :
-Tu sais parler ! J’en suis fort aise ! Amida, chez nous, dans notre démocratie, si j’ai l’autorité pour te parler, c’est parce que le peuple l’a voulu et en a décidé ainsi. Si notre Président peut, à tout instant, décider de t’exclure de manière irrévocable, c’est parce qu’il a été désigné par le suffrage universel, pour justement prendre ce genre de décision. Bref, notre autorité vient de notre peuple, et si elle fonctionne aussi bien, c’est parce qu’elle est légitime et que personne ne la conteste. Tu n’entends pas être la première et la seule, n’est ce pas ? Non ? Fort bien. Alors que signifie cet accoutrement ,dans lequel tu oses te montrer à nous ?

Amida :
-SILENCE

Sorianne :
-Je sais, c’est ton Allah, qui t’ordonne de te vêtir ainsi, mais ici, chez nous, cela n’a aucun sens, Amida ! Tu peux le comprendre, non ? Ici, aucune femme n’a à rougir des attributs de sa féminité, bien au contraire. Nous célébrons Dieu dans notre corps, tous les jours ! Pourquoi lui cacherions nous nos visages, nos cheveux, nos seins qu’il a créés aussi parfaits, ou tout autre partie de notre anatomie, notre ventre,oo même notre pubis ? A cause des hommes ? Pour ne pas les séduire ? Mais cela n’a aucun sens, pour nous, comprends le ! Pourquoi d’ailleurs, ne devrions nous pas les séduire ? Ils ne sont pas beaux, gentils, forts, courageux, honnêtes et respectueux, nos hommes ? Ils ne méritent pas nos caresses et les regards de velours que nous leur adressons ?
Pourquoi devrait-on leur interdire ce spectacle ? Pourquoi nous admirer comme bon leur semble, devrait-il leur être interdit ? Regarde les partout, autour de toi, se plaignent-ils de ce spectacle ? Pourquoi devraient-ils attendre la fin des temps et ce que tu appelles le paradis d’Allah, pour recevoir tout leur dû d’amour ? Et pourquoi, ne devraient-ils connaître que des vierges, comme si le fait d’avoir déjà eu un amant, faisait d’une femme, un être souillé ? Quelle aberration peut conduire une femme censée comme toi, à croire des choses pareilles ? Tu dois prendre conscience de tout ceci. Si tu penses que ton Allah s’offusque d’avoir créé de belle femmes, au point d’en priver les hommes sur terre, comme c’est le cas dans vos Communautés où les jeunes gens sont ivres de frustrations, après tout, cela te regarde et nous ne te retiendrons pas.
Si tu penses que ton Allah a honte du corps féminin, au point de devoir le cacher sous des oripeaux qui ne laissent filtrer que ton regard, c’est ton affaire, mais nous ne pouvons cautionner cela.
Si tu trouves normal qu’un homme puisse glorifier Dieu, en ayant autant de femmes qu’il veut, pendant que la sienne reste sa propriété, taillable et corvéable à merci, sans autre droit que de subir toutes les humiliations, quand bien même il ne la toucherait plus, encore une fois, nous ne ferons rien pour violer ta conscience. Tu pourras rejoindre tes sœurs de douleur, dans ce village du Maroc qui t’a déjà accueillie ,et essayer d’y trouver la place qui te convient. -Wilbur, je m’adresse à toi, puisque ton amie ne consent pas à s’exprimer.
As tu compris ? A-t-elle compris ?

Wilbur : -Oui, je crois. Mais tous tes beaux discours Sorianne, n’y changeront rien. je pense qu’Amida est perdue pour nous. J’ai essayé de la raisonner, de lui faire comprendre tout cela. Mais c’est sans effet. C’est comme si son esprit était fermé, inaccessible, tombé en panne, ou figé, je ne sais pas.
Je pense qu’il n’y a rien à faire. J’ai commis une grave erreur et je vous en demande pardon. J’ai cru que mon amour pourrait la sauver de sa condition de martyre consentante, mais je me suis trompé. J’ai beaucoup réfléchi et je crois que l’esclavage n’est réellement pas possible sans le consentement des intéressés (ées).

Pourquoi Amida revendique-t-elle de toutes ses forces ce voile qui la rabaisse, pourquoi se soumet-elle à une religion qui fait d’elle, et même aux yeux de son Dieu, un être de condition inférieure ? Pourquoi ne voit-elle pas, qu’en acceptant de se soumettre ainsi, c’est tout son peuple qu’elle réduit en esclavage ? Y compris ses descendants, qui comme elle, resteront toujours prisonniers d’un dogme qui étouffe leur conscience et les condamnent ? Vraiment, je n’en sais rien.
On peut se perdre en conjectures, sans jamais trouver la réponse. Est ce que seulement une personne au monde la connaît, cette réponse ? Y en a-t-il même une de réponse ? Sorianne, tout ceci ne nous mène nulle part. J’ai pris ma décision, en ce qui concerne Amida. Elle accouchera au Prieuré et l’enfant restera ici. -Et à qui sera -t-il confié ? -C’est mon amie Lorry, qui l’éduquera. Au moins, fille ou garçon, sera-t-il sauvé et connaîtra-t-il une vie heureuse. -Est-elle d’accord ? -Oui, elle l’élèvera avec le bébé que je lui ai fait et qui viendra au monde en octobre prochain.
Les deux enfants vivront chez elle comme frère et sœur. Cela me fera une jolie petite famille. je m’en réjouis d’avance. -Et Amida ?

Wilbur :
-Elle a sellé elle-même son destin, je crois. Comme sa Communauté d’origine ne peut la reprendre, étant donné qu’elle est pour eux un être souillé et bonne à jeter comme un mouchoir usagé, nous l’enverrons dans ce village de “Couscous aux Navets”, proche de notre communauté-fille des “Hommes de la Vallée du Mouton” !

Comme tu as dit, Sorianne, il lui appartiendra d’essayer d’y faire sa vie et de se dépatouiller, comme elle le pourra, avec ses croyances et sa religion auxquelles nous ne comprenons rien. Au moins, là bas, pourra-t-elle vivre comme ses ancêtres si le cœur lui en dit, bien que nombre de femmes soient, même dans ce village reculé, autrement plus évoluées qu’elle, et aient depuis longtemps jeté leur voile aux orties, sans renoncer pour autant à leur religion ! Peut-être, pourra-t-elle y refaire sa vie ? A elle de voir. En ce qui me concerne, elle peut partir dès que l’enfant sera né.

Sorianne :
-Sans regret, alors ? Tu es d’accord Amida ? Je prends ton hochement de tête pour un acquiescement. Eh bien, tout cela est bien triste, mais nous aurons essayé, au moins. Wilbur, dès que l’enfant sera né, et la mère remise de ses couches, je te charge de raccompagner Amida au Maroc. Tu t’occuperas des formalités, passeports, etc… Moi, je contacterai les autorités de là bas. Tu n’auras qu’à venir à mon bureau, retirer les autorisations de voyage et une carte de crédit, munie d’un petit pécule, qui lui permettra de s’installer. Tu vois que nous faisons les choses humainement.
Cette affaire est classée, je ne veux plus en entendre parler. Quant à toi, Amida, tu peux te rasseoir ! Tu es consignée dans tes appartements jusqu’à la naissance de l’enfant, c’est un ordre. Je ne veux plus te voir dehors dans tes accoutrements ridicules. Des télévisions du monde entier se promènent chez nous en ce moment, un peu partout, dans les salles de classe, dans la rue, les magasins et sur les chantiers, je ne veux sous aucun prétexte que l’œil d’une caméra se pose sur toi. Cela ferait désordre. Si tu n’obéis pas, nous t’enfermerons à clef. Est ce bien compris ? Wilbur, la séance est levée. Tu peux ramener Amida chez elle. BRUITS DIVERS DE CHAISES QU’ON REMUE.

Sorianne :
-Al, Engerran ! SOUPIR, j’aimerais avoir votre opinion, je ne suis pas habituée à ce rôle administratif. Ai-je été bien ? Engerran -Parfaite !
Sorianne : -Et toi, Al ? -Parfaite !
Sorianne -Mais encore, rassurez-moi, n’ai pas été trop dure, avec la jeune Amida ? ?
Engerran : -En tant que Sorianne; ou en tant que Préfète ?

Sorianne :
-Peu m’importe !

Engerran :
-Oh mais si cela importe, parce que vois-tu, ici, Sorianne n’avait pas la parole, comme tu l’as dit toi même. Ce n’est pas Sorianne qui a dû prononcer la sentence d’exclusion, mais la Préfète ! Et la Préfète n’avait pas le choix. Sorianne aurait pu faire du sentiment, pas la préfète. La Préfète a une Communauté sous sa responsabilité, elle doit prendre les mesures qui s’imposent, pour lui conserver sa cohésion sociale. Tu vas apprendre Sorianne, ce que c’est que la “Raison d’Etat,” et que l’exercice du pouvoir peut parfois être difficile. Nous tous, aurions voulu que les choses tournent autrement pour cette pauvre gamine, autant victime d’elle même, que de sa culture, de son éducation et de son milieu.

Sorianne : -Cette petite, elle me faisait de la peine, l’air de ne rien comprendre de ce qui lui arrivait ! Quel âge peut-elle bien avoir, dix-huit ans, tout au plus, c’est vraiment jeune. Je ne crois pas qu’elle ait saisi l’ampleur des enjeux. Engerran, après l’accouchement, je te charge de veiller sur elle. Après tout, nous avons une responsabilité, si Wilbur ne l’avait pas arrachée à sa famille, rien de tout cela ne serait arrivé. On ne peut pas s’en laver les mains. Tout ceci n’est pas de sa faute.
AL :
-Sorianne a raison, Engerran.
Sorianne :
-Bon, maintenant, levons la séance. Al, je te charge de mettre tout ceci par écrit. Je signerai demain le procès verbal de la séance. Bonsoir, et merci de votre assistance. Engerran, peux-tu venir demain à la même heure, pour que nous discutions, j’ai besoin de me confier à toi.

Engerran :
-Volontiers. Bonne nuit Mesdames !

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