Le sort d’Amida ne laisse pas Sorianne indifférente. Sa fonction de Préfète l’oblige à se montrer intraitable, mais le sort de la jeune fille la préoccupe beaucoup. Décidément, assumer des fonctions de chef d’une Communauté n’est pas toujours facile.
Le Prieuré la “Madeleine”
26 avril 2114, 21 h (dans le studio, chez Loïs)
32 – Sorianne, Engerran
Sorianne :
-J’ai voulu te voir, Engerran, parce que cette histoire m’a ébranlée, c’est horrible ! La préfète n’a peut être pas droit au sentiment, mais Sorianne, elle, doit apprendre à les gérer, et ce n’est pas facile.
Engerran :
-Je sais, ma chérie ! Je ferai tout le nécessaire pour que cette petite ne voie pas son enfant à la naissance et ne garde aucun souvenir, ni d’avoir été enceinte, ni d’être jamais venue ici. Nous avons la thérapeutique nécessaire. Elle se réveillera dans notre nouveau dispensaire de Coucous, avec une virginité et une identité toute neuves, et nous veillerons à ce qu’elle trouve là-bas, un jeune homme de sa culture, qui l’épousera selon leur rite musulman. Ainsi, retrouvera t-elle une vie de toute façon plus heureuse, que tout ce qu’elle aurait pu connaître à la “LalaLaïla” qui pratique un islam fondamentaliste rétrograde et inhumain.
Sorianne :
-J’en suis heureuse. Mais je me demande pourquoi ces Communautés musulmanes, comme la “LalaLaïla,” continuent-elles avec tant d’obstination, à s’accrocher à des valeurs aussi destructrices.
Engerran :
-Pour des raison politiques, ni plus ni moins. Vous voyez amis de l’Au-delà du Temps, Elles ont le sentiment que si elles ne s’accrochent pas à cet islam fondamentaliste, elles vont perdre leur identité. Elles se sentent cernées par des Communautés occidentales chrétiennes, dont elles veulent se démarquer à tout prix. Quitte à prendre des postures absurdes de par leur extrémisme ! Dans tous les cas, la vérité est qu’elles ont peur de se “se faire avaler”. En cultivant avec tant d’acharnement leur différence, elles essaient de survivre, de ne pas se fondre. Regarde, comme nos Communautés assimilent facilement des gens de toutes couleurs, de toutes origines, de toutes professions ! Ces gens finissent par vivre tous sous le même drapeau, celui de leur Communauté, de leur région et de leur pays, oubliant ce qui les distingue ! C’est ce que nos amis qui nous écoutent auraient baptisé “l’intégration républicaine” d’inspiration purement occidentale ! Ce sont nos valeurs qui dominent, et encore une fois, nous les blancs occidentaux qui digérons les autres, et non le contraire, tu comprends, Elvy ?
Sorianne :
-Notre Président de la “Grande Communauté Européenne” s’appelle Sami Ben Charahoui ! Tu trouves que c’est un nom purement européen, que ce nom sonne typiquement français ?
Engerran :
-Sans aucun doute. Puisqu’il est Français et Européen depuis trois, quatre, voire même peut être cinq générations. Mais ton exemple est parlant, dis moi est ce qu’il y a un trait de caractère, une once de différence entre lui et nous, dont le patrimoine génétique est purement franco français, jusqu’à dix générations en arrière, au moins ?
Sorianne :
-Non. Pas la moindre !
Engerran :
-Tu vois ! Et en souffre-t-il ? Regrette-t-il de ne pas avoir perpétrer la culture, les mœurs, la langue, voire même la religion de ses lointains ancêtres Africains ? Pas le moins du monde, parce qu’il est heureux ! C’est ça l’intégration.
Mais ces îlots islamistes comme la “LalaLaïla” n’en veulent à aucun prix de ce bonheur ! C’est pourquoi, ils cultivent avec un soin jaloux leurs différences, quitte à devoir vivre avec nous éternellement sur le pied de guerre, et même si ce choix se retourne contre leurs propres populations !
C’est que voyez-vous, amis auditeurs de l’Au delà du Temps, le bonheur ne se décline pas en une multitude de versions. Il n’en connaît qu’une seule et unique : celle que nous appliquons à la lettre. Parce qu’elle respecte la nature humaine fondamentale ! Et qu’il n’y a pas trente six natures humaines.
On peut préférer le couscous, au bœuf bourguignon, trouver que manger assis est plus confortable qu’à genoux, être babouches, plutôt que talons aiguilles, mais tout cela est affaire de culture ou de goût, et n’a rien à voir avec la nature humaine ! Tu saisis ! Celle-ci, pour être heureuse, a surtout essentiellement besoin de liberté, d’amour, de sexe, de culture, de confort, de nourritures terrestres et spirituelles, de beauté, et de rapports humains enrichissants. Sans oublier la plus grande ouverture possible sur les autres, et ceci, tout au long de la vie. C’est cela que nous nous efforçons d’offrir à nos populations. Ces valeurs sont universelles, elles ne sont pas occidentales, même si ce sont nous les Blancs Européens, qui les avons reconnues et adoptées les premiers ! Les Lalalaïstes peuvent trouver la pilule amère, cela n’y changera rien. Le ciel est bleu, que ça leur plaise ou non, il ne pourront jamais en changer la couleur.
Sorianne :
-Mais s’ils persistent et signent dans leur refus de s’intégrer à nos réseaux ? Refusent toutes les offres qui leur sont faites et toutes les mains tendues, pour continuer à entretenir la guerre froide et souffler sur les braises de la discorde ? Qu’allons-nous faire ? Ils se multiplient à une vitesse infernale ! Un beau jour la “LalaLaïla” va exploser ! Elle revendiquera auprès de nos gouvernements, régional d’abord, puis national, toujours davantage de territoire, des aides, de l’argent, de la nourriture, etc… Comme elle le fait déjà, et ceci sans rien donner en échange !
J’appelle ça vivre à nos crochets, et nous narguer ! Regarde nos jeunes, ils n’acceptent pas ça ! Ils sont toujours prêts à en découdre ! A la Charlette, le voisinage était devenu intenable depuis quelques années !
Engerran :
-Nos gouvernements le savent bien, même s’ils préfèrent rester en dehors de ces querelles ! La violence, la provoc gratuite, voilà les armes favorites de ces Communautés, où l’arrogance va de pair avec l’ignorance. Mais crois moi, si nous voulions vraiment, nous pourrions les anéantir en un clin d’oeil. Crois moi, ils ne peuvent nous nuire gravement. Les agresser légitimerait à posteriori leur hostilité, ce serait dévoyer notre propre cause. Nous ne pouvons prôner la violence, comme mesure de rétorsion.
Sorianne :
-Peut être Engerran, mais moi, cela me tracasse. Je trouve qu’en tant que Président, tu devrais en toucher deux mots aux grosses huiles, qui vont venir nous voir en Juillet prochain. J’aimerais avoir leur point de vue sur la question.
Engerran :
-Si tu veux. Ce serait une bonne idée que de lancer une campagne de sensibilisation envers ce problème. On pourrait mettre sur pied des actions diplomatiques, au niveau national. Monter des programmes d’information et de formation, pour renouer le dialogue, et essayer d’écrire une charte, pour apprendre à mieux vivre ensemble. Je crois que l’indifférence et l’exclusion dans lesquelles nous les tenons ne résoudra rien, en effet. GRÉSILLEMENTS PETITS SIFFLEMENTS HACHES
Sorianne :
-Tiens ça recommence ! Je suis sûre qu’ils nous entendent Engerran ! C’est extraordinaire ! Quel dommage que nous ne puissions décoder leurs réponses ! J’aimerais tant discuter avec eux !
Engerran :
-Il vaut mieux que cela reste comme ça, ils te poseraient mille questions gênantes, auxquelles tu ne pourrais, de toute façon, pas répondre ! Tu sais pertinemment que nous ne pouvons rien leur dire des événements qui appartiennent à leur futur.
Sorianne :
-Oui je sais. Mais enfin, réalise ! Imagine qu’on ait pu prévenir les Allemands du danger qu’il y avait à élire Hitler, ou dissuader les révolutionnaires Russes de laisser Staline s’emparer du pouvoir ! La face du monde en aurait été changée, à jamais ! Certes, des millions de personnes ne seraient pas mortes, mais le XXI è siècle, à coup sûr, n’aurait pas eu la même figure !
Engerran :
-Et qui te dit qu’on serait là, nous,à discuter tranquillement aujourd’hui ? Tu comprends ?
Sorianne :
-Oui et cela, bizarrement, me fait froid dans le dos. Et si Sörn avait raison, et si ce que nous faisons, en ce moment, avait des répercussions ?
Engerran :
-Nous n’avons rien dit de spécial, rien qui puisse changer la face du monde, Sorianne ! Au contraire, nous avons conforté nos amis dans l’idée qu’ils sont dans la bonne direction et qu’ils peuvent avoir confiance en eux. Tranquillise-toi ! D’ailleurs, nous sommes toujours là, non ? Et cela fait plus d’un an que nous avons commencé nos entretiens ! Allons, viens, et puisque je suis ici, à deux pas de ta maison, tu vas me montrer ton nouveau chez toi. Je suis sûr qu’il est très réussi et nous n’allons pas nous quitter comme ça, n’est ce pas ? Une petite nuit câline, avec ton Engerran chéri, ça te dit ? Allez bonsoir, mes amis. Heu, je voulais dire, bonne nuit ! z