Les lois sont les lois, c’est vrai aujourd’hui, ce le sera encore demain et s’y conformer n’est pas toujours facile. Liam nous en donne ici un bon exemple.
Le Prieuré la “Madeleine”
20 juin 2114, 21 h (chez Loïs)
33 Loïs, Liam, Wilbur
Liam :
-Merci Lois, de nous avoir invités dans ton antre, pour ton anniversaire ! Hooah, quel capharnaüm ! Mais qu’est ce que tu fais, avec tout ce bric à brac, ces fils, ces potentiomètres, ces radiogoniomètres, ces antennes et tous ces écrans, ces magnétos, ces micros, ces émetteurs, ces appareils de radiolocalisation et autres radiomètres, plus tous ces machins, que je ne saurais identifier. On dirait qu’on est dans une station radar, ou une station émettrice ! Tu fais de la radio ? Tu essaies de capter les extraterrestres ?
Wilbur :
-Oh, rien ne m’étonnerait de la part de notre Loïs. Il est le digne fils de son père ! Inventeur, bricoleur, petit génie et fouille merde, déterreur de tout. Il a retrouvé dans l’antique musée de la Villette, des bandes dessinées et dessins animés gravés sur de vieux DVD, qu’il a rapportés ici. On se fait souvent des soirées cartoon ! J’adore les séries de Mickey et Donald et tous ces héros de Disney, un génial inventeur de héros pour enfants, plus désopilants les uns que les autres. Notre siècle est zéro, à côté. Tiens, l’un d’entre eux te ressemble comme un frère, Loïs, on l’appelait “Géo-Trouvetout” ! Toutes ses inventions, comme les tiennes, ne servaient à rien, mais étaient géniales ! Vous avez comme un air de famille !
Loïs :
-Wilbur aime bien se payer ma tête ! J’espère que tu as apporté de la bière, parce que sinon, je vais te faire ravaler tes insinuations !
Liam :
-On dirait des gamins ! Je ne suis pas venu vous voir, pour me saouler, ou m’empiffrer de sandwichs ou de pizzas, mais pour vous entretenir d’un problème sérieux !
Loïs :
-Tu es amoureux ? Qui est ce ? Une nouvelle conquête ? Ah mon vieux, y a rien de tel, avec la bière et les copains, qu’une nouvelle belle fille bien tournée et chaude, à se mettre sous la dent .
Wilbur :
-Loïs, soit un peu sérieux, si c’était le cas, ce pauvre Liam serait avec elle, et non pas ici, avec une mine de zombie !
Loïs :
-Je trouve qu’il se porte plutôt bien, notre zombie ! Cela ne doit pas être trop sérieux, il n’a pas l’air très atteint !
Wilbur :
-Détrompe toi, c’est intérieur !
Loïs :
-Allons bon, c’est aussi grave que ça ! Oh ça, c’est encore une histoire de femme !
Wilbur :
-Houai, regarde la tête qu’il fait !
Loïs :
-Finalement, je me trompais, il est plus atteint que ce que craignais, je sens qu’on va se faire une biture à tout casser, pour noyer son chagrin. Pauvre vieux va, elle n’a pas voulu de toi ? La vilaine ! Une de perdue, mille de retrouvées. Comme on disait dans le temps !
Liam :
-Arrête ton char, Loïs j’ai pas l’coeur à plaisanter; tout ça, c’est à cause de ta sœur ! C’est une pierre, dénuée de tout sentiment humain ! Elle est même allée jusqu’à abandonner notre fils !
Loïs :
-Oh, comme tu y vas, elle l’a pas abandonné, elle l’a confié à Al ! Al est une excellente mère, et une femme formidable, douce, patiente, douée avec les enfants ! Elle saura très bien s’occuper de mon neveu ! Tu l’as appelé comment déjà ?
Liam :
-Inaki !
Loïs :
-Ouai, c’est original ! Faut dire que tout le monde ne s’appelle pas comme ça, c’est si familier, comme consonance, que je n’arrive jamais à m’en souvenir. Alors, c’est ça ton problème, tu trouves que ma sœur n’a pas la fibre maternelle ?
BRUIT CARACTÉRISTIQUE D’UNE BOUTEILLE QU’ON DÉCAPSULE !
Wilbur :
-Loïs, soit un peu sérieux, s’il te plaît ! Notre ami Liam a besoin d’aide ! Il était amoureux comme un fou de ta sœur et elle vient de se tirer.
Loïs :
-Tiens, de quoi noyer ton chagrin ! Une bonne petite mousse bien fraîche !
Wilbur :
-Loïs, essaie au moins d’écouter Liam !
Loïs :
-Pourquoi faire, il délire ! Il voudrait que toute les femmes aient l’instinct maternel, et il en veut à ma sœur d’en être dénuée. Comme si c’était de sa faute ! Elle est née comme ça, un point c’est tout. Y a pas de quoi en faire un drame. Al fera une excellente nourrice, et mère de remplacement. Maman, non plus, n’a pas eu le temps de m’élever quand j’étais petit, cela ne l’a pas empêché de me reprendre vers l’âge de cinq ans. Et tu vois, j’en suis pas mort !
Wilbur :
– Qui t’a élevée ?
Loïs :
-Aurore ! Une vieille nourrice qui n’est plus aujourd’hui. Dieu ait son âme ! C’était une sœur de Sörn, qui a élevé pas moins de dix enfants dans sa vie ! Une véritable sainte, j’ai été gâté comme c’est pas possible. Je suis sûr que le petit Inaki se développera magnifiquement chez Al, en compagnie de Violette. Et puis, il aura le petit Hugues comme copain, son demi frère, qui viendra jouer avec lui et mon fils, qui ne devrait plus tarder à arriver. Ou est le problème ?
Liam :
-Je me sens dépossédé ! Wilbur a une adorable petite famille, avec sa Lorry enceinte jusqu’aux yeux et le bébé qu’Amida lui a laissé. Même toi, malgré ton jeune âge, et ton côté halluciné, tu vas être père, et moi, qu’est ce que j’ai, hein ? Une fille sans cœur, qui m’a abandonné comme un vulgaire sandwich à moitié mangé.
Loïs :
-Voyez vous ça, le pauvre homme, comme il est à plaindre ! Il a toutes les filles de la Communauté à ses pieds, prêtes à se faire engrosser par lui, sous le prétexte qu’il est beau comme un dieu grec, et Moossieur n’est pas content ! Moossieur voudrait qu’Elvy se pâââmme à ses pieds. Tu déconnes ou quoi ? Faut aller te faire soigner, mon vieux ou vas voir le curé ou le psy de service ! Il te remettra les idées en place et le cœur à l’endroit.
Wilbur :
-Loïs, tu as le tact et la diplomatie d’un éléphant !
Loïs :
-Mais qu’est ce que tu veux qu’on dise à Liam ? Que ses projets matrimoniaux n’ont plus cours. Qu’il s’est trompé de siècle, qu’on ne peut plus posséder de femme aujourd’hui, ni l’obliger à rester à la maison, pour s’occuper des enfants, comme c’était le cas avant ? Pour ce que ça leur apportait, aux gens du passé ! Que des problèmes ! Des divorces, des querelles de ménages, des frustrations, des cris et, pour les femmes, des coups, des plaies et des bosses, quand tout cela ne finissait pas dans une tuerie ! Des millions de femmes, jadis, se faisaient botter le cul, bourrer de coups, voire, tuer par leur seigneur et maître ! C’est cette époque que tu regrettes, Liam ?
Liam :
-Mais non, je suis amoureux fou d’Elvy ! Pourquoi tu me compares à ces fous qui tabassaient leur épouse ! T’es malade ou quoi ! Je ne suis pas vicieux !
Loïs :
-Eux non plus ne l’étaient pas. Ils étaient seulement un peu trop amoureux et souffraient comme toi, et ça les conduisait parfois à déraper, tu vois.
Liam :
-Comment ? Mais l’amour, tu ne sais pas ce que c’est !
Loïs :
-Précisément, si ! Si c’est cet amour là, que tu prétends ressentir pour ma sœur, c’est exactement celui qui conduit au genre d’actions que tu réprouves, que nos réprouvons tous, et que nous avons éradiquées de nos sociétés. Grâce, notamment, au fait qu’aucun individu ne peut plus prétendre mettre le grappin sur un autre, sous le prétexte qu’il l’aime, tu vois ?
-Et si tu ne peux faire autrement que de vouloir être avec Elvy, voir à travers ses yeux, respirer à travers ses cheveux, épouser ses moindres gestes, exister au rythme de ses battement de cœur, parce qu’elle est ta vie, ton souffle, et que sans elle, tu étouffes, tu meurs ? Alors, mon vieux, il faut dar-dar, aller te faire soigner.
Wilbur :
-Loïs, ne peux-tu pas intercéder auprès de ta sœur, pour qu’elle reste un peu parmi nous, le temps au moins d’allaiter le petit et passe unpeu de temps avec ce pauvre Liam ?
Lois :
-Mais vous êtes fous tous les deux ! Wilbur, tu estimes que tu n’as pas fait assez fort avec ton Amida ? Estime-toi heureux que cette histoire n’ait pas complètement ruiné ta vie, pour une stupide histoire sentimentale. Tu as eu de la chance, mais cette clémence ne se renouvellera pas. Sur ce point, nos autorités ne feront de cadeau dorénavant à personne. Tiens le toi pour dit, Liam. Et vas te faire soigner. Je dirai deux mots de ton problème à ma mère.
LIAM :
-Non, tu ne diras rien du tout ! Je suis venu te voir en ami, dans l’espoir que tu essaies de me comprendre et que tu fasses revenir ta sœur sur sa décision, pas pour que tu me dénonces !
Loïs :
-Mais Liam, c’est mon devoir de citoyen ! L’irresponsabilité individuelle, jadis a fait le lit de toutes les perversions, elle fut la cause de tous les crimes des deux derniers siècles, tu ne t’en souviens pas ? Wilbur, tu cautionnes l’attitude de Liam ? J’en suis désolé, mais vous êtes cinglés tous les deux. Et toi, Wilbur, tu sembles n’avoir rien appris de ta dernière aventure. Nous avons une loi, l’article 15 du code de bonne conduite citoyenne, vous le connaissez par cœur, j’imagine ! Eh bien que dit-il ? Je vais vous rafraîchir la mémoire à tous les deux. Que tout citoyen doit dénoncer toute intention malveillante ou perverse, tout acte déloyal ou illégal, dont il est témoin où qui s’est déroulé devant ses yeux. Et que cautionner le délit par son silence, c’est se faire complice des criminels.
Wilbur :
-Parce que pour toi, aimer est un crime ?
Loïs :
-Absolument, lorsqu’il conduit un individu à enlever une femme, ou à vouloir l’asservir à ses sentiments. Oui, c’est un crime. Et il ne m’est pas permis de ne pas le dénoncer. La loi est faite pour être appliquée, non ? Ne pas le faire serait remettre en question les règles élémentaires de notre vie en société, fondée sur le respect de l’autre et la solidarité. Tu voudrais que je fasse de la sensiblerie pleurnicharde, que je couvre un délinquant en puissance ?
Liam :
-Tu pourrais au moins faire un effort pour me comprendre.
Loïs :
-Pour ça, pas de problème Liam. Mais ce ne serait pas être ton ami, que de t’encourager à suivre une voie criminelle. Renonce à Elvy, à ta passion délictueuse, et vas te faire aider par notre médecin. L’antenne médicale est fin prête, et bénéficie d’un matériel au top que nous a offert Silk-City, en récompense de notre dévouement envers les plus démunis. Tu vois, nous ne sommes pas inhumains et tu pourras bénéficier d’une thérapie efficace, indolore et rapide. Tu ne resteras même pas hospitalisé une demi-journée. Mais fais le, pour ton bien, et celui de toute notre communauté.
Liam :
-Il n’y a pas d’autre solution ?
Loïs :
-Si, la fuite ! A moins que tu ne préfères l’enlèvement, pour suivre l’exemple de Wilbur ? Quant à toi, Wilbur, tu sembles oublier que tu es en réinsertion. Ta période de probation est loin d’avoir expiré. Tout comportement qui laisserait à penser que tu pourrais replonger, pourrait bien te valoir de sérieux problèmes. Alors, que pensez vous faire ?
Wilbur :
-Liam, je crois que nous n’avons aucun choix. Toi et moi, c’est vrai, nous appartenons, par bien des traits de caractère, encore au passé, et nous devons nous faire soigner, si toutefois, nous voulons continuer à vivre ici, au sein de notre communauté.
Liam :
-Bien sûr, toi, tu y as tout intérêt !
Loïs :
-Mais toi aussi, Liam ! Car ton existence, contrairement à ce que tu crois maintenant, ne s’arrête pas avec Elvy, de même qu’il y a eu une vie pour Wilbur, après Amida ! Il y en aura aussi une pour toi demain, avec Zephyra, Eloïse, Belle, Gwen, ou qui tu veux. Crois-moi. Et parce que je suis ton ami, je ne t’abandonnerai pas. Nous irons voir le docteur demain ensemble. En attendant, tâte moi de cette mousse, hume sa fraîcheur, son arôme ! Je vous laisse les amis. Assez parlé !
Lois
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