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§ 2 -La Famille - 1ère partie -

Engerran se présente... Lois le rejoint.

Jusqu’ici, nous avons eu le point de vue des dames sur la vie à la Charlette ! Ce deuxième chapitre va nous apporter le tour des messieurs ! Engerran et Lois, vont Mesdames, vous parler d’eux. Alors, restez à l‘écoute !

*BRUITS DE FOND CONFUS. UNE PORTE CHUINTE : “CHUIIITT”.

VOIX LOINTAINES D’ABORD ET PLUS PROCHES, (COMME ÉTOUFFÉES)…
BRUIT D’UN COUSSIN QU’ON ÉCRASE, GRINCEMENT D’UN FAUTEUIL QUI PIVOTE ET CRAQUE, BRUITS DE PAPIER QU’ON DÉPLIE….*

6 Juin 2112, 17 h. Musée de la Villette. 3- Engerran
-Engerran
-Ma douce et volubile Sorianne me laissant la parole, je m’empresse de vous faire passer un petit message. Je suis le père de la belle Elvyranne ! Et quand je dis belle, mes amis, sachez que je suis en dessous de la réalité ! Elle est tout simplement fantastique, ma fille, avec des pare-chocs comme vos autos de jadis, qui brillent au musée de tous leurs feux et que nous sommes plus d’un à contempler, non sans un rien de nostalgie. J’ai un petit pense-bête sous les yeux, pour me rappeler tout ce que j’ai à vous dire.

Ah oui, voilà : j’ai 32 ans, et je ne suis pas en retard pour mon âge. Avec des muscles tout dorés et brillants à faire saliver toutes les belles de la Communauté. Et Dieu sait que nous sommes gâtés sur ce chapitre !
Bon, je vous ai parlé de mes pectoraux, aussi ? Non ? Tant pis pour les dames.
Voyons, qu’est ce que j’ai écrit là ?

BRUITS NON IDENTIFIABLES, GRINCEMENT DU FAUTEUIL

-Ah oui, Loïs me dit de parler de mon métier : “prof de maths.”

Bien. Excusez-moi, vous me trouveriez une drôle d’allure, pour un prof ! Je n’ai pas vraiment le physique de l’emploi : rien d’un intello barbu à lunettes et muscles mous, comme ce que vous pourriez imaginer. Mon mètre quatre-vingt-cinq aurait de quoi vous impressionner, et vous m’auriez plutôt vu comme prof de tennis ou moniteur de ski, avec une jugeote de la taille d’un petit pois, mais l’allure de votre héro Superman ! Cependant, les temps ont changé. Et vous auriez tort de croire que j’aie le cerveau d’un dinosaure, bien que les logiciels mis à notre disposition, et toutes les machines qui calculent à la vitesse de la lumière, aient considérablement réduit les difficultés et l’aridité de mon art. On n’a plus besoin d’être une lumière pour être fort en maths, c’est vrai, ni d’ailleurs pour les enseigner à nos rejetons de fils, plus enclins, à cet âge, à faire danser les minettes sur leurs genoux, qu’à se farcir la tête d’équations. Mais la loi de notre Communauté est sans appel : tous doivent de forger une tête capable de faire face aux progrès vertigineux de notre science. Alors, on s’adapte. Et moi, j’ai ma méthode.

*

Bon, ne revenons pas sur ce chapitre, Elvyranne vous a déjà initiés. J’aimerais vous dire deux mots au sujet de nous, les pères, les géniteurs, les reproducteurs, quoi ! J’ai comme dans l’idée que vous nous enviez un tantinet et que vous nous plaigniez en même temps, vous, les mâles du passé, qui déteniez tout le pouvoir, je me trompe ?

C’est vrai, on a dû en rabattre et laisser les nanas jouer leur partition à leur gré. Bon, question pouvoir, on n’a plus le monopole, je pense que vous l’aviez déjà remarqué ; mais question liberté, alors là, les mecs, on est champions. Fini, les lamentables mensonges, ficelés “à la va comme jte pousse,” bricolés selon l’inspiration indigente du moment. Fini les pieds qui se prennent dans le tapis, pour camoufler les accrocs au contrat de mariage et repousser les barreaux de notre cage sexuelle, à l’horizon affreusement limité, histoire de ménager les susceptibilités de Madame ! Ah, qu’est ce qu’on en a bavé, mes frères, dans le passé ! Mais, c’est fini ! Je respire ! Pouvez-vous imaginer que toutes les nanas de notre Communauté font virtuellement partie de notre pré carré ? Que nous avons autant de fleurs à cueillir, qu’il y en a dans le parterre de notre jardin ? Et que nous n’avons pas d’autres contraintes à respecter que celles de la décence.

Il n’est pas question évidemment de viol, d’inceste, de pédophilie, ou de crimes passionnels, mœurs que même les singes réprouvent depuis quatorze millions d’années ! Autant d’actes qui, évidemment, seraient impensables, immoraux et punis chez nous d’exclusion immédiate. L’hypothétique rebelle, je dis hypothétique, car nous n’en comptons aucun dans nos annales à ce jour, le rebelle donc, pris sur le fait, serait sans aucune forme de procès remis aux mains des autorités fédérales et je préfère ne pas imaginer le traitement qu’elles lui réserveraient. Heureusement, ces crimes ont été totalement éradiqués de nos communautés civilisées. Car, quelle société, qui les accepterait presque dans l’indifférence, comme c’était le cas chez vous dans un passé pas si lointain, pourrait se croire civilisée ?

*

Notre loi, sur ce plan, est sans appel. Et nous n’avons aucun scrupule, comme vous jadis, à l’appliquer. Nous savons qu’elle est la garante de notre pérennité et de notre sécurité. Quant à nos frères et sœurs qui préfèrent les charmes de leur propre sexe, nous n’y voyons aucun inconvénient. Si les filles sont parfaitement intégrées, beaucoup parmi nos frères homos, préfèrent en général, sauf à se montrer discrets, quitter la Communauté et vivre entre eux. A chacun selon ses goûts, n’est ce pas ? (Encore que nombreux sont ceux qui, après avoir expérimenté les charmes sulfureux de la vie indépendante et sans pardon des grandes cités, victimes de leur enfermement, reviennent un jour ou l’autre au beercail, mais le plus souvent meurtris !) Il faut croire que notre vie communautaire a plus d’un charme. Bref, nous essayons de vivre du mieux possible, en célébrant le respect de l’autre, la carte du tendre et l’exaltation de tous nos sens, ce qui n’est pas peu dire.

Mais n’imaginez pas, petits polissons, que nous ayons transformé nos maisons, nos salons et tous nos lieux publics en baisodromes ! Vous seriez très déçus sur ce point. Car nous sommes restés très conservateurs, noblesse oblige, et pour complaire à ces dames, nous savons envelopper nos ardeurs de courtoisie et savoir-vivre. Qui plus est, nous observons, tant dans nos rapports amoureux que sociaux, une grand moralité et beaucoup de raffinement.

*
Il ne viendrait à aucun homme l’idée de séduire, par exemple, une mère et sa fille, ou deux sœurs ou deux amies. Un oncle ne peut désirer sa nièce, ou même son neveu par le sang, et il est très rare que l’amant d’une dame, jette un œil sur l’un des enfants de celle-ci, fut-il issu d’un autre homme, quelque soit son âge. Une grande cohérence règne dans nos familles. J’entend par “famille” tous les membres de notre Communauté qui entretiennent des relations amoureuses, amicales ou parentales et se voient régulièrement. Quant aux rapports sexuels consanguins, ils sont considérés comme criminels et très sévèrement sanctionnés.

Se livrer à un acte immoral serait, de toute façon chez nous, impensable et choquant. Des manquements sont de ce fait extrêmement rares, car il ne viendrait à l’idée d’aucune personne normale d’enfreindre un code accepté par tous, et ancré depuis la constitution de nos Communautés, dans tous les esprits et consciences.

Il est rare, de plus, que les contrevenants, ou ceux qui sont sur une mauvaise pente, car il en existe quand même, ne soient pas identifiés par leurs proches, avant de dévier. Ils sont de ce fait pris en charge par les médecins, avant de pouvoir développer un mal-être susceptible de les rendre asocial, comme les serial-killer, les parents maltraitants ou les criminels sexuels qui pullulent aujourd’hui encore dans les mégapoles. Nos médecins ont tout une panoplie pour soigner ces personnes, sans séquelle, ni risque de récidive. N’allez pas croire, cependant, que nous ayons mis en place un système où chacun épie chez son voisin le moindre syndrome d’anormalité. Non.

Mais nous ne nous désolidarisons jamais des gens. Personne chez nous, voyez-vous, ne peut aller mal, sans que nous nous en apercevions et agissions immédiatement. Ce qui réduit considérablement les risques de suicide, de dépression d’un sentiment inavoué, ou simplement, de culpabilité stressante, conduisant à l’auto dépression et à la ruine de l’individu et de ses proches. Comme c’était le cas, jadis. Et puis, une autre conséquence de notre organisation est que, dans nos Communautés, la solitude subie, avec son cortège de déprime, de passages à vide, si douloureusement ressentie par certains à votre époque, ou encore aujourd’hui dans les cités-jungle, n’existe plus chez nous.

Ce qui ne sous-entend nullement que nous vivions comme les singes Bonobo ! Nos sociétés ont codifié les comportements sociaux. Il existe des lieux pour séduire, et d’autres, comme l’école ou les chapelles, où il convient de se montrer plus réservé. Nous avons même nos modes, car rien n’est pour autant figé ! Vous voulez un exemple ? Eh bien, il est redevenu de très bon ton, ces derniers temps, de se montrer romantique et d’envoyer des fleurs et des petites cartes glissées entre les boutons de roses à ces dames ! Et même, de pratiquer l’amour courtois, comme au temps des chevaliers. Quant à la galanterie, c’est le must, avec un grand “M”! Nous l’avons exhumée de ses vieux cartons, dépoussiérée et ramenée au goût du jour.
Bref, on s’amuse comme des fous !

Et pas seulement avec nos dames de cœur, mais aussi avec les charmants bambins qu’elles nous font. Nous les emmenons à la rencontre des monstres sous-marins, ou faire une petite balade autour de la lune, l’espace d’un week end aventureux et inoubliable ! Ou bien, nous passons des après-midi entiers, déguisés en héros d’antan et autres James Bond, dans des musées de réalité virtuelle, qui reconstituent à s’y méprendre, et en grandeur réelle, les décors romanesques des siècles passés. Avec bruitages réalistes, musiques et armes d’époque. Croyez moi, petits et grands, on s’y éclate vraiment !
BRUITS DANS LE COULOIR, SONNERIE. CHUINTEMENT DE LA PORTE...

-Ah, c’est toi Loïs, entre ! J’ai justement terminé mon émission. Je te rends le micro.

BOUSCULADE, RIRES

-Mais c’est qu’il est pressé le vaurien, il me mettrait presque à la porte. Tant il a hâte, Mesdemoiselles du Beau Temps d’Avant, de faire un brin de causette avec vous! Il vous trouve charmantes ! Je vous laisse en sa compagnie !

Engerran, qui vous salue !

z

6 Juin 2112, 17h 45 h. Musée de la Villette. 4 – Loïs -Loïs : -Hy ! Vous allez bien les filles ? J’ai bien cru aujourd’hui, que je ne pourrais même pas vous dire un petit mot, tant il se fait tard.

Mon père vous a littéralement monopolisées ! Je vais encore rater le dernier Fulgurant ! Après 18 heures, il n’y a plus que des omnibus, des tortillards qui se traînent pour rentrer at home, des Teufs-teufs poussifs, (comme dirait ma chère sœur, si douée en vieux français !) qui s’arrêtent à toutes les gares ! Bon, on fera avec. Tailler une petite bavette avec vous, vaut bien quelques menus désagréments. (Au passage, vous avez remarqué le vocabulaire : Elvyranne peut aller se rhabiller !)

Quant à moi, je vais mettre une demi-heure pour rentrer à la maison, au lieu des dix minutes habituelles, c’est quand même pas “la mer à boire” ! (Et re “toc” !) Je vais vous dire la vérité ! Elvyranne se fait mousser, le vieux français du XX ème siècle, c’est de la rigolade ! Parlez-moi de celui de Rabelais ou de Monsieur François Villon, vous verrez la différence.) Bon, cette mise au point faite, je vais vous dire un secret, papa et maman ne le savent pas, mais c’est moi qui ait bricolé cette radio ! Ils croient dur comme fer, que le directeur du Musée des Sciences pour la Jeunesse est au courant, que ça fait partie du programme de recherches de notre cours d’histoire et d’anthropologie ! Tu parles ! S’il l’était, il me botterait le cul, oui !

*

En fait, comme je suis un vrai petit génie,(c’est pas moi qui le dit, c’est ma sœur !) j’ai utilisé mon laissez-passer de tailleur de pierre, pour me faufiler après les heures de bureau, dans les labos les mieux équipés du musée. Ensuite, “emprunter” tout le matériel nécessaire ne fut qu’un jeu d’enfant. Comme la direction est archi laxiste, (ce sont des fonctionnaires, ils se foutent de la gestion comme d’une guigne !), personne ne s’est aperçu de rien ! Et voilà, le tour était joué. J’ai pu me bricoler ce petit joujou, qui me permet de discuter avec vous en ce moment. C’est génial, vous ne trouvez pas ? Je n’entends pas votre réponse, mais j’imagine que vous êtes bien d’accord avec moi ! Je suis sûr que les plis du passé doivent receler quelque-part, forcément, un autre moi-même. Je veux dire un autre “fouille-merde”, et bricoleur à ses heures perdues, qui saura bien trouver le moyen de tomber sur nos émissions !

Ah, si vous pouviez me poser des questions, si on pouvait instaurer un vrai dialogue, là ce serait le pied ! Mais nous devons nous contenter de ce matériel primitif. Malgré tout, je sais bien ce que vous voudriez savoir, mes mignonnes, vous aimeriez que je vous dévoile l’avenir, n’est ce pas ? Que je vous raconte l’histoire de ce siècle, avec un grand et un petit H, et que j’vous dise tous les numéros gagnants du Loto, les valeurs boursières à collectionner pour faire fortune, les tiercés gagnants, etc… ! Et en vrac, tout ce qui pour vous reste à inventer et qui nous sépare.

Mais je ne suis pas fou, les minettes ! Pas de ça, avec moi ! Non, non, et non ! Je ne vous dirai rien ! Du moins, rien d’important. Ha, ha, ha, ça vous embête, hein ? J’ai beau n’avoir que quinze ans, je suis affranchi, je sais qu’il ne faut pas bousculer l’ordonnancement du passé, ne fut ce que d’une pichenette ! Elle pourrait me retomber dessus et effacer jusqu’à mon existence. Avouez que ce serait dommage, non ? Et puis, mon père m’a enseigné à me méfier des filles, elles ne savent pas garder un secret ! Donc, fillette, qui pourrait être mon aïeule, si tu m’écoutes, pas touche ! Tu devras te contenter de mes petits potins ! C’est pas tout ça, je rigole, mais le temps passe… Redevenons sérieux. Eu…Je vais commencer par vous dire quoi ?

FROISSEMENT D’UN PAPIER, BRUITS D’OUTILS QU’ON DÉPLACE SUR UNE SURFACE MÉTALLIQUE
-Vous aimeriez savoir pourquoi j’apprends à tailler des pierres, comme au Moyen-Âge ? Alors que j’habite un siècle, où la science fait des bonds de géant ? Alors qu’Engerran, mon cher père, s’évertue à nous enseigner les découvertes d’Einstein, d’Heisenberg, de Schrödinger, de Broglie ou de Bohr !

Bon, je vais vous faire une confidence, la mécanique quantique, je trouve ça vraiment dépassé, archi nul, mais dans les petites classes, nous devons en passer par là ! Il parait que c’est le B.A. ba, si nous voulons comprendre, plus tard, les plus récentes découvertes de nos chercheurs, lesquelles, mes pauvres chéries, vous laisseraient sans voix. D’ailleurs, vous ne me croiriez pas ! Mais je m’égare, je vous parlais de mon stage de tailleur de pierre ! Ah oui, pourquoi l’ai-je choisi, hein ? Eh bien, d’abord, cela m’amuse, et puis, le Directeur du musée, “section Jeunes,” m’a accordé une bourse, parce que c’est un métier en voie de disparition et qu’on en manque pour réparer les monuments du patrimoine qui tombent en déconfiture ! Et troisièmement, parce que son adjointe, Cybelle, est absolument craquante, et que j’ai envie “de me la faire”, (comme vous disiez !) et enfin, parce que, avec mon passe, j’ai accès à toutes les salles du musée, à tous les labos de recherche, et là, vraiment, je m’éclate ! C’est fou ce que je découvre et que le public ne voit jamais !

*

Imaginez attendez, on entre en plein délire, mais je n’invente rien, croyez moi ! Imaginez donc, que de votre temps, il y a eu des gens assez cinglés pour se faire cryogéniser. Comme de vulgaires poulets, qu’on met au congel. Authentique ! Oui, assez barjo pour se faire enfermer après leur mort, bien sûr, dans des caveaux plein d’azote liquide.

Les scientifiques appellent ça “une suspension cryonique”. Et vous savez pourquoi ils ont fait ça, ces débiles ? Parce qu’ils espéraient qu’on les ranimerait, quand la science aurait fait des progrès ! Et qu’ainsi, ils auraient une nouvelle vie ! Nous, on les a fourrés au musée des antiquités et aberrations scientifiques ! Y en a même qui n’ont voulu congeler que leur tête, soit parce que ça coûtait moins cher, soit parce qu’il n’aimait pas leur corps et espérait qu’on leur en grefferait un autre, plus chic. Oui, vous ne rêvez pas ! Loufoque, non ? C’est l’option “isolation céphalique !” Ah, ah, ah, elle est bien bonne ! Ils avaient trop vu la famille Addams !

Eh bien, vous savez ce que nos chercheurs en ont fait, de leurs têtes ? Il les ont greffées sur des ordinateurs ou des singes ! On se croirait à la foire aux monstres ! C’est rigolo, vous ne trouvez pas ? Remarquez, ces crétins n’ont que ce qu’ils voulaient finalement, une sorte de nouvelle vie ! Il y a une tête, c’est une bonne femme – elle a l’air d’une instit de votre époque, complètement tarte, avec des binocles et une figure à se faire des papillotes. Une tête d’intello, quoi, pas vraiment tordante. Eh bien, c’est le clou : ils l’ont greffée sur une guenon à cul rouge, qui fait des avances à un gorille à tête de PDG râleur ! (Ouaf, ouaf, je me poile ! ) La demoiselle passe son temps à se gratter les fesses ou à éplucher des bananes dans une cage, en tirant la langue, pendant que son compagnon roule des yeux blancs et se contorsionne en sortant sa breloque, longue comme ça ; ça n’a pas l’air de l’exciter, la guenon ! Elle devait pas en avoir vu de si époustouflante dans sa vie d’avant. Lorsque je les ai vus, tous les deux, dans leur cage respective, j’en ai pleuré de rire. On voit bien qu’ils essaient de parler, mais ils n’y arrivent pas. Alors, ils crient, surtout la nuit ! Je me suis bouché les oreilles !

*
Bon, c’est pas tout ça, qu’est ce que je vais vous dire d’autre et de plus sérieux ? Le programme de ce soir, peut être, si ça vous intéresse ? Je crois que je vais de ce pas, compter fleurette à une jolie brunette qui habite à côté de chez moi, bien vivante celle-là, avec sa tête et tout ce qui y est accroché et qui n’est pas mal du tout ! Elle est à croquer ! Et je ne vais pas me gêner, pour n’en faire qu’une bouchée. Bon, sur ces bonnes paroles, je vais vous laisser mes doucettes car, voyez-vous, je n’ai plus cinq secondes à traîner ici, si je veux attraper le tortillard de nuit, qui s’arrête dans tous les patelins ! Enfin, j’aurais eu le plaisir de faire un brin de causette avec vous. J’espère que mes histoires ne vont pas vous donner des cauchemars ou la chair de poule. By by, promis, je reviendrai vous tenir la jambe, J’adore parler “vieux français” voyez-vous ! Alors, à la prochaine, les minettes !”

Lois, votre serviteur, gentes dames et demoiselles !

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