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§ 20 - 2 ème partie - La Famille

Un monde qui se désagrège. Marilsa, Lois, Engerran...

Et si Loïs et Engerran avaient vraiment touché un point sensible de notre univers et étaient vraiment entrés en contact avec le Passé ? Et si, ce faisant, il l’avaient un tant soit peu…changé ? Qu’arriverait-il ?

5 Juillet 2114, Le Prieuré, (chez Loïs) 16 heures 35- Marilsa, Loïs, Engerran


Marilsa :
-Mon Dieu, Loïs ! Mais qu’est ce que c’est que tout ce bric à brac ! On ne sait plus où poser le pied, tu t’y retrouves au moins, à quoi ça te sert tout ce fatras, ces matériels ?
Engerran :
-Loïs fait des recherches, Marilsa ! Des expériences de communication intersidérales, si tu veux ! Il a trouvé des trous de vers dans le tissus de l’espace-temps, un peu comme si notre univers ressemblait à une pelote de laine, tu vois. Tout se passe au fond, comme si chaque fil, (à un moment précis, et donc prévisible), se recourbait sur lui-même, et était amené à un moment également prévisible, à en croiser un autre. A ce point d’intersection, minuscule, infime, deux mondes peuvent se rencontrer et communiquer. Le tout, bien sûr, est de le trouver, ce qui est une autre paire de manche ! Comme de trouver une aiguille dans un botte de foin. Les chances sont de une sur plusieurs millions. Nos scientifiques pensent que, malgré tout, c’est une chose possible. Sans aucune certitude, évidemment , tu vois ?
Marilsa :
-J’avoue que non, je ne vois pas du tout ! Comme dit Elvy, ton fils est le champion des inventions qui ne servent à rien. Tu es sûr, Loïs, que tu ne perd pas ton temps avec toutes ces fantaisies ? J’étais venu te voir -et je suis heureuse de tomber sur toi, Engerran – comme ça, je ferai d’une pierre deux coups ! Donc j’étais venu te voir pour te demander si tu ne pourrais pas, en regroupant un peu tout ce …capharnaüm, faire un peu de place libre dans cette grande maison, pour loger quelques uns de mes pensionnaires ?
Loïs :
-Tes américains ?
Marilsa :

-Oui, des profs, je ne sais plus où les mettre. Avec tout ce monde qui arrive en prévision du festival et de la fête d’inauguration, j’avoue que nous sommes un peu débordés. Nous devons demander la participation de toutes les bonnes volontés. Et comme je sais que tu as hérité, grâce à l’entregent de ta mère, pour toi tout seul et en toute exclusivité, d’une maisonnette susceptible d’accueillir au moins quatre personnes à l’aise, je m’étais dit…
Loïs :
-Que je pourrais faire un effort !
Marilsa :

-Exactement !
Loïs :

-Sauf que… Comme tu vois ma tata chérie, je n’ai pas de place, où tu veux que je mette tout ça ? Sur le toit ? Et puis, sans vouloir te vexer, mes recherches demandent…
Engerran :

-De l’isolement !
Marilsa :

-Tu t’y mets toi aussi ? Comment ça de l’isolement, pendant que j’ai douze personnes à caser d’urgence ? C’est confidentiel ce que tu fais ? Tout le monde n’aurait pas le droit de savoir ? Mais toi, Engerran, tu m’as l’air d’être dans le coup ! Qu’est que vous fabriquez tous les deux, en secret ? C’est lié avec votre histoire de radio à la noix et de tes trous dans l’univers, Loïs, c’est ça, n’est ce pas ?
Engerran :

-Je sais Marilsa que tout ceci n’est pas très orthodoxe, pas orthodoxe du tout, à vrai dire. Mais l’expérience que Loïs est en train de réaliser est tout simplement renversante, et n’a jamais été tentée par aucun scientifique à ma connaissance. Il a besoin de discrétion, de silence, de solitude pour…
Marilsa :

-Pour ? Entrer en contact avec les auditeurs du passé et instaurer un dialogue, c’est ça ? Elvyranne m’en a touché deux mots. Vous allez trop loin tous les deux ! Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous faites ! D’abord ce n’est pas éthique !

Quand je pense que AL envoie Violette en classe d’éthique, simplement parce qu’elle veut s’accaparer le petit Inaki et ne laisse pas Pépita s’en approcher, ce que vous faites tous les deux, en comparaison, cela dépasse l’imagination. Vous êtes vous seulement jamais demandés dans vos petites têtes étriquées de matheux distingués, et de chercheurs écervelés, ce qui se produirait si, par malheur, vous réussissiez à contacter vos auditeurs de l’au-delà du temps et à … modifiier le passé ? C’est tout notre temps qui s’effacerait ! Vous êtes des fous dangereux, oui ! C’est toute notre ligne de temps qui y passerait, qui se décomposerait, se dissolverait, comme un tricot qu’on défait, maille par maille !

Oui. vous êtes cinglés, des apprentis sorciers ! Je ne comprends pas que personne ne vous ait arrêtés dans votre élan suicidaire !
Engerran :

-Marilsa, calme toi ! C’est vrai, j’aide Loïs dans ses calculs, je soumets ses équations mathématiques à nos ordinateurs du Centre Informatique, mais ce ne sont là que pures spéculations. Loïs n’a pas trouvé l’un de ces fameux points de contact hypothétique dont nous avons seulement supposé l’existence grace à nos calculs, mais ce ne sont là que spécultations de mathématiciens. Cela ne marche quesur le papier, du moins au stade de nos recherches. C’est une tout autre histoire que de faire se superposer le monde virtuel des maths, et la réalité, Marilsa !
Marilsa :

-En attendant, vous poursuivez vos tentatives en grand secret et sans l’aval des autorités, ce qui est déjà tout à fait immoral ! Et s’il arrivait que vous soyez réellement…. disons, entendus ? Que quelqu’un, un petit génie dans ton genre, Loïs, capte vos émissions ? En informe une autorité, une personnalité du passé, je ne sais pas moi, quelqu’undoté d’un pouvoir de décision ou influente ? Vous êtes-vous une fois, posés cette question ?
Engerran :

-Nous n’avons rien révélé de notre monde, si ce n’est notre organisation sociale et nos petites histoires de famille. J’ai juste touché deux mots, un jour, de quelques unes de nos inventions et encore, les moins spectaculaires.
Rien que des choses qui étaient déjà inventées ou sur le point de l’être au début du XXI è siècle ! Tu vois, il n’y a rien à craindre.
Marilsa :
-C’est ce que tu crois ! Eh bien, je vais vous raconter certaines choses qui, jusqu’à aujourd’hui, n’avaient aucun sens pour moi, et que j’avais évacué de mon champ de conscience. Incapable que j’étais de les relier à quoique ce soit de rationnel. Ce que tout le monde a dû faire d’ailleurs, raison pour laquelle aucun journal télévisé d’actualité n’en a encore fait mention. Nous devons tous réagir de la même façon, face à ce que nous ne comprenons pas ou prenons pour des illusions.

Mais maintenant, j’ai peur ! Loïs… Si tout cela était un temps soit peu explicable par tes… manipulations ! Alors, ce serait grave, effrayant même, inimaginable !
Engerran :
-Marilsa, je t’en prie, calme toi et laisse pour le moment du moins de côté tes légitimes scrupules. Qu’est ce qui est arrivé, qui serait si épouvantable ? Marilsa :
-Eh bien, vous vous souvenez, j’en suis sûre, de la disparition de cet ouvrier de ton chantier, dont j’ai oublié le nom ?
Loïs :
-Oui, je m’en souviens très bien. Rappelle-toi, Papa, cette fille, cette chanteuse, dont le bébé a si mystérieusement disparu lui aussi, et dont l’ouvrier était le père ! Je me suis battu avec ce type pour je ne sais plus quelle raison et il s’est brusquement volatilisé dans la cheminée, sans laisser la moindre trace !
Engerran :
-Oh, ça y est, oui, il s’agissait d’Ali ! Il travaillait sur la voie ! Je m’en souviens maintenant, car nous nous sommes tous félicités de son départ, il avait massacré le boulot, et il a fallu tout reprendre de ce qu’il avait fait, je m’en souviens très bien, car tous les ouvriers étaient furieux ! Personne n’avait remarqué jusqu’à sa disparition qu’il bâclait son travail, et nul n’a jamais compris ce qui s’était passé. Mais comme nous avions du travail par-dessus la tête, on n’a eu vite fait d’oublier cet incident.
Marilsa :
-Eh bien, figurez-vous qu’au cours de notre tournée, les gens nous ont raconté d’étranges faits similaires et bien d’autres, tout aussi insensés.

Cela a commencé par une fille qui s’est mise à perdre d’un seul coup tous les accessoires de son vêtement et s’est retrouvée toute nue au cinéma ! Le fait le plus bizarre est que ces dits accessoires ne sont pas tombés par terre – on les aurait retrouvés – mais ont bel et bien disparu, comme s’ils s’étaient envolés ou effacés ! Ailleurs, ce sont des éléments de construction qui ont disparu, des marches d’escaliers, des rouages, des boulons rendant inutilisable la machine ou la voiture.
Pires encore, des gens se sont volatilisés de la même façon, que le jeune Ali, comme si une main inconnue les avaient purement et simplement effacés, comme un dessin dans le sable à marée montante, des bébés, des hommes et des femmes de tous âges. Comme ça, évaporés, sans prévenir, en plein milieu de leur tâche, de jour comme de nuit ! Et chaque fois, on ne retrouve rien, pas un vêtement, pas une seule chose ayant appartenu à la personne, jusqu’à leurs photos qui s’effacent instantanément et en même temps.
J’ai rencontré une jeune femme en larmes qui se relevait à peine de couches (d’après ses dires) et qui, la veille encore, exhibait fièrement son nouveau né et l’avait criblé de photos. Mais personne ne comprenait rien, les photos qu’elle brandissait désespérément ne montraient aucun bébé, ou plutôt on n’y voyait rien qu’un berceau désespérément…vide ! Je l’ai accompagnée au service des urgences où on l’a placée en thérapie accélérée, la pauvre femme était anéantie. Je suis repassée pour prendre de ses nouvelles, une semaine plus tard. Tenez vos bien, elle était repartie chez elle la veille, apparemment guérie, sans le moindre souvenir de ce qui lui était arrivée ! Les médecins n’y ont rien compris d’autant que, physiquement, elle ne portait aucune trace d’une grossesse récente, et encore moins d’un accouchement.
Quant à ses proches, ils prétendent qu’elle n’a jamais été enceinte !
Loïs :
-Cette bonne blague, parce qu’on lui a fait un lavage de cerveau !
Marilsa :
-Justement non, je me suis renseignée, on ne lui a rien fait du tout, elle était en observation !
Engerran :
-Tout ceci est bien inquiétant, tu ne sais pas si ces faits ont fait l’objet de rapports circonstanciés ?
Marilsa :
-Je ne pense pas, pas encore du moins.
Mais j’ai fait ma petite enquête personnelle. Veux-tu que j’aille la chercher ? Qu’en pensez-vous ?
Loïs :
-Ne nous affolons pas ! Cependant, Marilsa, pas un mot de tout ceci à quiconque. D’accord ? Ce serait catastrophique, pour tout le monde, pour toi, la première, pas seulement pour nous. Alors motus et bouche cousue ! Ok ?
Marilsa :
-Vous m’effrayez tous les deux, mais je vais chercher le dossier.
Loïs :
-J’espère que tu ne l’as montré à personne !
Marilsa :
-A personne ! Je voulais vous en parler d’abord.
Engerran :
-Tu as bien fait, vas maintenant, nous t’attendons.

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