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§ 21 - La Famille - 2ème partie -

Le pire arrive et le monde part en lambeaux... Lois, Engerran, Marlise...

Engerran et Loïs comprennent, mais un peu tard, qu’ils ont littéralement fait dérailler leur monde. Lequel a emprunté une ligne parallèle, qui mène à sa destruction. Comment réparer les dégâts ? Est-il même possible d’enrayer le phénomène ?

10 Juillet 2114, Le Prieuré, (chez Loïs) 18 heures

36- Loïs, Engerran, rejoints par Marlise


Engerran :
-Loïs, je n’aime pas, mais pas du tout, le tour que prend cette histoire ! Je… nous sommes responsable, imagine que tout cela soit de notre faute ?

BRUITS DE PORTE ET DE PAS, et autres bruits de fond confus…

MARILSA :

-Excusez-moi, mais, en montant l’escalier, j’ai surpris involontairement votre conversation. Effectivement, je crains que tout cela ce ne soit le résultat dramatique de votre jeu stupide ! Imagine, Loïs, que tu aies pu dire une chose, même si elle t’a parue insignifiante !

Pour toi, un détail, un fait banal, mais que celui-ci ait été perçu par nos ancêtres, comme une conséquence dangereuse d’une décision encore à prendre… (HÉSITATION) Qu’il vaudrait mieux ne pas prendre… Vous voyez ce que je veux dire ?
Engerran :

-Oui, tu nous expliques que nos aurions ainsi, sans le savoir ni du tout l’avoir voulu, modifié notre passé et, de ce fait notre présent, qui s’en trouverait à jamais changé ! Ce qui expliquerait… la disparition de personnes
Marilsa :

-Exactement !
Loïs :

-Mon Dieu ! Mais ce serait épouvantable !
Engerran :

-Ceci expliquerait certaines choses que j’ai remarquées…

Loïs :

-Lesquelles ?

Engerran :

-Des événements bizarres, des arbres à la Charlette, que je me souviens d’avoir replantés avec Sörn et son ami Aziz ! Eh bien, la dernière fois que je me suis rendu sur place, avec Sörn, justement, certains avaient disparu.

On voyait nettement les emplacements dans l’allée où ils auraient dû être… vides ! Sörn a mis cela sur le compte de l’inexpérience de son aide jardinier, mais maintenant, je ne serais pas surpris de découvrir que ce dernier a été rayé des vivants, comme les arbres qu’on l’avait chargé de planter. C’est épouvantable. Parce que, voyez-vous, si ton explication et la bonne, Marilsa, eh bien…(PAUSE)…

Ce ne serait pas seulement les personnes qui disparaîtraient, mais tout ce qu’elles ont fait, construit, imaginé… tous leurs travaux, et bien entendu leurs enfants, évidemment et toute leur descendance. Vous n’imaginez pas à quel point, ce serait une catastrophe. Ce serait tout notre monde, qui se retrouverait en très peu de temps, aussi mité qu’une couverture, pleinne de trous !

Vous les auditeurs, vous entendez ? Je sais que vous êtes là même si vous ne vous êtes jamais manifestés ! Comprenez vous le problème ?

GRÉSILLEMENTS, SIFFLEMENTS, CHUINTEMENTS

Engerran :

-Dis-moi, Loïs, tu n’as jamais pu obtenir quelque chose de plus intelligible que ces bruits ?

Loïs :

-Si, papa, ils se sont manifestés ! Plusieurs fois, même ! Mais je n’ai pas pu établir un véritable dialogue suivi, tout au plus, ai-je réussi à échanger quelques mots avec une jeune étudiante. Mais rien qui puisse être à l’origine de la catastrophe dont tu parles.
Engerran :

-Tu ne me l’avais pas dit !

Loïs :

-Non, parce que ce n’est pas ce que j’appellerai une réussite. Tu parles, trois malheureux dialogues, où je n’ai pu recevoir que des oui et des non. Et le nom de ma partenaire : Iris ! Et puis, d’un seul coup plus rien ! Comme si j’avais perdu le fil ! Comme si le trou de vers dans l’espace-temps s’était rebouché. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Peut être, qu’en ce moment, ils nous écoutent et nous captent. Si oui, mes amis, vous avez entendu ce que mon père a dit, vous avez dû faire quelque chose, ou dit quelque chose, et ce quelque chose aurait déjà bouleversé notre espace temps !
Marilsa :

-C’est affreux ! Est-ce que cela veut dire que toi, moi, n’importe qui, n’importe quoi, à n’importe quel moment… peut disparaître ? Que nous pouvons disparaître ,comme on efface un mot, comme on souffle la flamme d’une bougie ? Et personne n’est au courant !
Engerran :

-Marilsa, je n’ai jamais été aussi sérieux de ma vie, tu dois garder tout ceci secret ! Tu m’a bien entendu ? Et ce secret ne doit, sous aucun prétexte, sortir de ces murs. De tote façon, si nous avons raison, si l’irréparable est arrivé, il nous faut réfléchir. Nous avons certainement encore un peu de temps.
Marilsa :

-Que veux tu dire par : un peu de temps ?
Engerran :

-Je veux dire que notre monde est certes en péril, je ne vous le cache pas. Il se peut que tout notre espace temps soit affecté, mais rassurez-vous, il ne va pas se déliter entièrement, ni du jour au lendemain. Imaginez une grosse, très très grosse corde qui aurait été attaquée par endroits par un agent destructeur, elle présenterait sur sa circonférence, ou même en son milieu, des micro espaces vides, comme rongés. Cela la fragiliserait, sans aucun doute, mais elle ne romprait que si ces micro-espaces étaient rassemblés en un seul point. Jusqu’à présent, il semblerait que les disparitions soient étalées dans le temps et réparties dans l’espace.
Il faudrait en savoir plus, et pouvoir identifier quelle population est affectée particulièrement. Pour mesurer l’étendue des dégâts.
Marilsa, tu as apporté ton dossier ?
Marilsa :

-Oui. Tenez, j’ai pris des notes, tout est là. Dates, heures, circonstances, états civils des personnes concernées, races, etc… Évidemment, c’est peu de chose, mais ça peut vous aider.
Loïs :

-Merci ! Nous allons y jeter un coup d’oeil tout à l’heure.
Engerran :

-C’est un début, mais c’est insuffisant. Il nous faut plus d’informations, Marilsa ! Recueillir des témoignages, compiler les événements bizarres, les catastrophes qu’on ne s’explique pas, les accidents, etc… Je te charge de ce travail. En aucun cas, tu ne dois avertir les autorités, ils ne pourraient pas nous aider, ni réparer le mal, de toute façon. Faisons en sorte, pour le moment, de garder le silence. Tu peux mettre Sorianne dans le secret, elle est forte. Mais c’est tout.
Toi, Marilsa, tu seras notre courroie de transmission et notre investigatrice.
Marilsa :

-Cela ne m’enchante guère.
Engerran :

-Je sais, mais tu n’as pas le choix ! Nous… n’avons pas le choix ! C’est une question de vie ou de mort, pour nous, cette planète et tout notre espace-temps ! Tu vas essayer de rassembler le maximum d’informations, sans éveiller de soupçons. Dis-toi bien que, si les autorités gouvernementales ou scientifiques, avaient vent de l’affaire, avant que nous puissions tenter de réparer le mal, (si faire se peut), elles feraient plus de mal encore que de bien. Et puis, elles nous jetteraient en prison, séquestreraient le matériel, penseraient pouvoir mieux faire que nous, cuisineraient Loïs et moi et puis… Crois-tu que cela nous avancerait ?
Marilsa :

-Vous n’auriez que ce que vous méritez ! Ce qui nous arrive et épouvantable ! Je n’ai pas du tout envie d’être votre complice, Engerran, tout cela me dépasse !
Engerran :

-J’assume totalement la responsabilité des événements, Marilsa, et je suis d’accord avec toi, c’est un désastre. Un désastre inédit, sans nom, une catastrophe dont je suis, nous sommes, entièrement responsables.
Tu n’y es pour rien, personnellement, c’est un fait. Mais maintenant, si nous devions être épinglés, Loïs et moi, ne crois pas que tu serais épargnée, comme d’ailleurs chacun des membres de notre famille qui, peu ou prou, sont tous à tour de rôle, venus faire joujou avec la radio, bien contents de profiter de l’invention de Loïs.

Maintenant, tu as peur, et c’est légitime. Mais, dis-toi bien que nous avons tous peur et que s’ils le savaient, les autres, tous les autres sur cette planète, prendraient peur, eux aussi !

Une peur bleue de disparaître, d’être rayé de la carte ! D’un clic, comme une faute d’orthographe sur ton écran. Et alors, tu as une idée de ce qui arriverait, de ce qui se passerait ? Le pire ! Nous pouvons encore espérer rattraper la chose, ou la limiter, si nos aiditeurs sont à l’écoute, mais nous ne devons pas paniquer. Marilsa. Laisse-nous maintenant, et dès que tu as du nouveau, viens nous l’apporter. Je vais aussi partir en investigations.

Mais ne change rien à ton programme ! Évidemment, je te charge aussi d’expliquer à Vassi, Soleya et les autres que nous ne pouvons prendre personne ici en pension, tu comprends aisément pourquoi ! Et puis, essaie de ne pas bouger d’ici ! Fais toutes tes recherches par téléphone ou internet.

Marilsa :

-Pourquoi ?

Engerran :

-Parce que dans les jours, semaines et mois qui viennent, des accidents risquent de se multiplier et de s’enchaîner. Nous devons trouver une parade et rétablir le programme initial. Lequel à un moment X a été changé. Par qui, comment, pourquoi ? Il faut savoir qu’est ce qui a été modifié, quand cela s’est produit et faire en sorte que cela n’arrive pas, tu comprends ? En attendant, ne t’affole pas mais, sache le… Des trains risquent de dérailler, des avions de se cracher, des maisons de s’écrouler, etc… Tu piges ? Tout ceci pour te dire que nous n’avons pas une seconde à perdre !

* 30 Juillet 2114, Le Prieuré, (chez Loïs) 20 heures 37- Loïs, Engerran
Engerran :

-Le pire est arrivé, Loïs ! Je ne pensais pas que cela fût possible. Mais il ne sert à rien de se lamenter. Cela ne servirait qu’à nous brouiller les esprits. Je pense que tout n’est pas perdu. Nous pouvons certainement avec nos amis au bout de la ligne, réfléchir ensemble et redresser la barre. Même si nous devons nous contenter d’émettre et supposer qu’ils nous reçoivent !
Loïs :

-Pendant que tu parlais, j’ai déjà regardé les notes de Marilsa. Il s’agit toujours, en ce qui concerne les personnes qui disparaissent, de citoyens d’origine arabe ou turque. Tu ne trouves pas cela étrange ? Regarde les noms propres, même quand ces personnes se sont parfaitement intégrées, elles ont gardé majoritairement des prénoms d’origine musulmane. -La jeune femme qui a perdu son bébé, comment s’appellait-elle ?

Engerran :

-Doty ! Ce n’est pas particulièrement arabe, mais elle a dit qu’elle avait baptisé le bébé, du nom de Aïcha !

Loïs :

-Ah, ça par contre, cela pourrait nous ouvrir une piste.

Engerran :

-Ah quoi, songes-tu ?

Loïs :

-Il est trop tôt pour le dire. Mais le jeune ouvrier qui a disparu s’appelait Ali, celui qui a planté les arbres Aziz, et là encore, le bébé disparu s’appelait Nadia ! Je te parie que le père, si on pouvait le retrouver, s’appellerait Mohamed, Abdala, ou encore Omar !

Engerran :

-Tu voudrais dire que les personnes concernées par les disparitions seraient toute arabes ?

Loïs :

-Je n’en sais encore trop rien, mais c’est une supposition. Il nous faudrait vérifier ce qui se passe dans les communautés comme la LalaLaïla, et voir si elles ont enregistré des disparitions bizarres. Et si oui, voir si le nombre de celles-ci est alarmant, ou s’il ne s’agit que de quelques cas isolés.

Engerran :

-Je m’en occupe ! J’ai une amie à la Charlette qui est en contact presque quotidien avec l’économe de la “LalaLaïla”. Elle lui achète des plats cuisinés pour son restaurant. Et je sais qu’ils sont en assez bon terme, car elle prend toujours soin de s’habiller comme eux, et de se mettre un voile sur la tête. Il apprécie. Elle doit savoir ce qui s’y passe, si toutefois il se passe quelque chose. Je l’appelle immédiatement. Elle n’est certainement pas couchée, c’est un oiseau de nuit.

Loïs :
-Ok ! Je vais essayer de faire quelques calculs pendant ce temps. Dépêche toi.
BRUITS DE FOND DIVERS. ÉCHOS DE VOIX ATTÉNUÉS SILENCE QUI SE PROLONGE
Engerran :

-Loïs! On dirait que ton intuition est juste. La LalaLaïla semble être la proie d’une sorte d’hystérie collective. Tu sais que ce sont des gens isolés, et qui ne sont branchés que sur leur Allah ! Ils vivent en circuit fermé, pratiquement sans contact avec l’extérieur. Eh bien, ils ne s’expliquent pas vraiment ce qui leur arrive et n’en parlent à personne.

Loïs :

-Oui, et alors, de quoi s’agit-il ?

Engerran :

-Fabia me dit que plusieurs familles auraient été touchées par des disparitions, dont personne ne se souvient trois jours après qu’elles se soient produites. Il semblerait qu’on assiste à une épidémie, une sorte de folie collective. Le mal semble s’attaquer avec une prédilection particulière à des familles entières et en épargner totalement d’autres. Quoi qu’il en soit, les parents qui restent sont complètement hystériques pendant quelques jours puis, tout semble rentrer dans l’ordre, comme s’ils avaient oublié leur chagrin et bouleversement de la veille, et jusqu’à tout souvenir du parent prétendument disparu. Un peu comme si l’événement ne s’était jamais produit, ou comme si le sujet avait été l’objet d’une allucination.

Si bien que, malgré l’émoi qui touche les proches du disparu pendant quelques jours, deux ou trois maximum, on ne recense pas de panique, ni dans les familles, ni dans la société.

Après quelques jours, tout semble rentrer dans l’ordre et aller normalement, enfin presque ! Il ne reste aucune trace de l’événement, même dans les mémoires, comme un trou qui se referme à la surface de l’eau.

Fabia, mon amie, parle d’une épidémie, d’une folie collective, d’hallucinations. Ce qui est certain, c’est que cette folie déboussole tout le monde, car plus rien ne fonctionne correctement ! Un matin, Fabia voit son voisin Saïd, dans tous ses états, à cause de la disparition de sa belle-soeur ou de l’enfant des voisins. Puis le lendemain, quand elle le questionne au sujet du bébé disparu, eh bien, il ne sait pas de quoi elle parle ! Il prétend qu’il ne s’est rien passé, qu’il n’est pas au courant, que sa voisine est célibataire, ou que son frère n’a jamais été marié, ou même le lendemain, qu’il n’a pas de voisine, carrément ! Et puis, il semble dire n’importe quoi, il se demande où il va d’ordinaire chercher la viande du couscous, car s’il y a bien une boucherie dans sa rue, la femme qui au comptoir prétend qu’elle ne le connaît pas !
Quand on l’interroge, elle hausse les épaules, répond qu’elle ne sait pas qui tenait la boutique avant elle, et assure qu’elle a toujours été là. Tu vois le cauchemar ! Saïd lui demande si elle a des enfants, elle le regarde ahurie. Bref, mon amie ne s’explique pas ce qui se passe, elle me dit qu’ils sont tous tombés sur la tête à la LalaLaïla !

(PAUSE, SILENCE…)
Loïs :

-Eh bien, P’pa ! Tu as perdu ta langue ?

Engerran :

-Non, je réfléchissais, Fabia a trouvé bizarre que je lui pose toutes ces questions à propos de la LalaLaïla ! Ma correspondante n’avait parlé à personne de tous ces événements, comme si elle même doutait de leur réalité. C’est sûr, maintenant, elle va se poser encore plus de questions !

Loïs :

-Tant pis. J’ai hâte de savoir ce qui se passe chez nous, à la Charlette et dans le Réseau mais je crois le savoir.

Engerran :

-C’est à dire ?

Loïs :

-Eh bien, sans gros risque de me tromper, je pense que nous aurons quelques disparitions épisodiques mais moins que d’autres Communautés. Car la Charlette a intégré fort peu d’émigrés d’origine musulmanes et de toute façon, très peu de citadins d’origine musulmane depuis sa création. Par contre, il y a fort à parier que nous aurons au Prieuré des pannes concernant notre ligne magnétique, car je me souviens que nous avons demandé à l’époque de sa création, le renfort d’ouvriers. Des jeunes gens de la “LalaLaïla” sont venus nous prêter main forte, trop heureux de trouver du travail ! A l’époque, nos rapports étaient moins tendus qu’aujourd’hui. Si mes soupçons sont justes, je crois connaître la source de notre problème.

Engerran :

-Et qui serait ? J’en mettrais ma main à couper, cher auditeurs, Loïs a dû, à un moment ou un autre, vous parler des problèmes que rencontrait la Charlette avec nos voisins, musulmans. N’est ce pas Loïs ?

Tu n’as pas dans ce micro, un jour pas fait comme un autre, comme vous tous les jeunes aimez à le faire, vitupéré contre les Arabes, comme je sais que vous le faites, lorsque vous êtes entre vous ? Et particulièrement sur les LalaLaïstes, regrettant la malheureuse époque où l’Union Européenne avait largement laissé entrer les musulmans, à l’occasion de l’adhésion de la Turquie ? Je te connais ! Tu as dû te laisser aller copieusement Loïs ! Et je vois d’ici ce qui est arrivé !
Ta petite copine ou quelqu’un d’autre, a dû recevoir le message cinq sur cinq, en faire état en haut lieu ou auprès de personnes influentes. En tout cas, par je ne sais quel pernicieux enchaînement de circonstances il, ou elle, a réussi à modifier son futur, dans son espace temps, créant une infime distorsion, mais suffisante pour modifier notre présent à nous. Tout se passe comme si elle avait créé une nouvelle branche à l’avenir, une qui n’était pas prévue. Ce qui nous a fait bifurquer, nous envoyant dans une nouvelle direction, tu piges ?

Loïs :

-Pas vraiment, on dirait que tu parles d’un vaisseau spatial qui a reçu une poussée imprévue, le faisant dévier de sa trajectoire initiale. Mais nous ne sommes pas un vaisseau !

Engerran :

-Non mais notre heu…espace temps peut très bien se comporter de la même façon, exactement comme un train qui déraille et prend une direction imprévue.

PAUSE

Loïs :

-Tu veux dire que nos communications auraient induit la disparition des descendants d’émigrés rayés de la carte, comme s’ils n’avaient jamais existé ! Et avec eux, leurs enfants et leurs travaux de toute une vie ! Mon Dieu, qu’ai-je fait ?

Engerran :
-Tout à fait, Loïs ! Voilà le résultat de votre haine ridicule, à toi et à tous tes pareils ! Notre espace temps vient d’en prendre un sacré coup. Car, si des Communautés comme la nôtre ne seront probablement humainement pas trop affectées, je ne te dis pas ce qui va arriver des bâtiments que ces gens ont construits partout dans le pays, et principalement dans les villes ! Des écoles, des usines, des aéroports, des gares, des jardins d’enfants, des hôpitaux, qu’ils ont contribué à ériger, vont s’émietter, tomber en ruines. Sans parler de tous les objets manufacturés qu’ils ont produits en un siècle et demi ! Avions, métros, voitures, machines, pièces détachées, boulons, écrous, fils électriques, boutons, peintures, solvants, etc… Tout va tomber en morceaux, tout va s’effriter, se dépiauter, s’effacer, se dissoudre, se déglinguer. Ce sera la faillite entière de notre économie, de notre technologie et de notre mode de vie !

Loïs :
-Tu crois qu’on pourrait revenir en arrière, arrêter le processus ?

Engerran :

-Franchement, je ne sais pas. C’est possible. Mais tout est possible, quand à notre survie, à condition de ne pas être carrément effacé, de ne pas nous trouver dans un fulgurant qui déraille, dans un avion qui se crache, dans une voiture qui s’effondre en pièces détachées ou sous un bâtiment qui s’écroule, si nous survivons donc, disais-je, assurément, notre monde perdra tous les bénéfices acquis depuis cent-dix ans ! Nous nous retrouverons dans un monde beaucoup moins avancé, et, disons à peu près à la technologie de nos arrières-arrières grands parents !

Loïs :

-Autrement dit, à l’âge de pierre !

Engerran :

-Pas tout à fait, mais presque. A moins que nous ne trouvions une solution, Loïs ! Que nous découvrions le passage, le trou de vers, le fil adéquat, bref le moyen de joindre nos amis, pour réfléchir avec eux à ce qui s’est passé, pour qu’ils effacent cette petite pichenette qu’ils ont donné à leur futur immédiat, et qui nous a éjecté sur une trajectoire parallèle.

Loïs :

-Mon Dieu, Papa, crois-tu que nous allons réussir, que nous pourrons identifier, reconnaître et gommer cette fameuse pichenette ? Et demander à nos auditeurs leur aide, pour retricoter le passé, conformément à ce qu’il aurait dû être ?

Engerran :

-Mais enfin, comment veux-tu que je réponde à une telle question ! Je crois que personne ne le sait, à l’heure où je te parle. Allons nous coucher, nous serons plus à l’aise demain matin, pour réfléchir à tout ceci à tête reposée et l’esprit dispos.
Aidez-nous, amis du passé ! Si vous nous entendez. Ceci est un S.OS, un APPEL AU SECOURS !!!

Engerran et Lois

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