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§ 24 - La Famille - 3ème partie -

Retour au calme après l'orage ! Lois, Sorianne...

Le monde autour de nos amis semble retrouver ses bases et se réorganiser. Mais tous sont inquiets, qui vont-ils retrouver demain, à leur réveil ? Auront-ils gardé leurs souvenirs intacts ? Qu’en sera-t-il de leur mémoire et même, de leur identité ?


éclairs

21 août 2114, Le Prieuré, (chez Loïs) 22 heures

40- Loïs, Sorianne

Sorianne :
-Loïs, et vous amis d’autrefois, j’ose à peine vous parler, je n’oublie pas ce que ces contacts ont entraîné comme désastres. Ceci dit, je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, ni si c’est à cause de ce que nous vous avons dit ni si, à cause de cela justement, nous ne serions pas précisément en train de bondir dans un autre espace-temps, un autre de vos devenir potentiels, si vous voyez ce que je veux dire.

Quoi qu’il en soit, j’ai de bonne nouvelles. Vous savez que nous avions suspendu tous nos projets, remis à un futur de plus en plus hypothétique, notre fête d’inauguration et nous commencions à penser qu’il n’y aurait même pas de printemps prochain à Bourges, et encore moins de réédition du vieux festival. Comme si notre monde partait en fumée !

Mais un miracle est sans doute arrivé, ou alors, comme Loïs l’a expliqué à sa sœur, c’est que nous avons sauté (ou sommes en train de le faire), dans un autre espace-temps jumeau, sans nous en rendre tout à fait compte, car tout semble rentrer dans l’ordre.

Loïs :

-Explique toi, maman ! Les personnes dont on nous avait signalé l’inexplicable disparition, seraient-elles réapparues ?

Sorianne :

-Mieux que ça, les événements semblent faire marche arrière, comme dans un film tourné à l’envers, les gens réapparaissent, les avions se reconstituent, les vêtements tombés en morceaux, pffttt… se remettent en place devant l’oeil ahuri des témoins ! Mais quelques jours après, personne ne garde de souvenirs de ce qui s’est passé et tout le monde se comporte précisément comme si rien, absolument rien, n’était arrivé ! Jusqu’aux journaux télévisés qui ne font plus mention d’aucun événement bizarre. On assiste à une sorte d’allucination collective, rapportée par des témoins qui, le lendemain, ont tout oublié, et se défendent d’avoir vu et dit ces choses folles. Je suis sûre que nous-mêmes, demain ou après demain, nous aurons tout oublié de ces événements.

Loïs :

-Peut-être, sans doute même, mais nous, nous aurons ces enregistrements, qu’Elvy m’aide à retranscrire et à réenregistrer en boucle. Nous faisons des sauvegardes vingt quatre heures sur vingt quatre. Nous nous relayons, si bien qu’au fur et à mesure, que les précédents s’effacent, nous reprenons le dernier enregistrement et le sauvegardons à nouveau.
Sorianne :
-Mais jusqu’à quand, allez vous faire cela ?

Loïs :

-Jusqu’à ce que le dernier enregistrement nous paraisse stable.

Sorianne :

-Mais à un moment, vous allez stopper ce comportement, car vous ne saurez plus pourquoi vous agissez ainsi ! Vos souvenirs s’étant entre-temps effacés.

Loïs :

-Probable, mais si les souvenirs anciens s’effacent inéluctablement, les plus récents ont une certaine rémanence, ils se prolongent si tu veux un certain temps, avant de s’effacer à leur tour, remplacés par d’autres. Il n’y a donc pas de risque que nous perdions nos précieux enregistrements, car nous avons une marge de manœuvre. Évidemment, à long terme, c’est différent.
Dans quelques temps, nos mémoires ne garderont aucune trace des événements que nous avons vécus et vivons encore à l’heure actuelle, ou plutôt elles garderont le souvenir d’autres événements, différents, et que nous ne connaissons pas encore.

Sorianne :

-Mais c’est effrayant !

Loïs :

-Oui, cette perspective l’est effectivement, mais seulement de notre point de vue ! Parce que nous en avons conscience. Mais demain, tu verras, tout rentrera dans l’ordre. Nous habiterons définitivement un nouvel espace-temps. Au réveil, nous serons d’autres personnes, et nous n’aurons, pour tout souvenir, que ceux appartenant à ce nouvel espace-temps. Je te parie même que nous ne saurons plus interpréter le contenu de ces cassettes ! Je suis persuadé que cette radio ne fonctionnera plus et que nous ne saurons même pas à quoi elle pouvait bien servir.

Sorianne :

-Ce ne sera pas un mal, pour ce que cela nous a valu !

Loïs :

-Peut être, mais c’est un peu triste ! J’en ai déjà la nostalgie !

Sorianne :

-Mais puisque c’est inévitable, ne crois-tu pas, sans vouloir te faire de peine, que le moment est venu justement de leur faire nos adieux à nos amis, et de les remercier, au cas où ils nous auraient écoutés. Je pense que cette présente émission est la dernière.

Loïs :

-Je le sais. Au revoir, les amis ! Et à demain, maman.

Sorianne :

-Attends ! C’est un peu émouvant ! Qu’est ce qui te dit que nous serons demain, ce que nous sommes encore aujourd’hui. Peut être déjà, n’aurons-nous plus les mêmes souvenirs, un peu comme un disque qu’on efface et reformate, pour recevoir un autre contenu. Je trouve cela terrible, cela me bouleverse, comme si j’allais perdre mon identité, mon histoire et tout ce qui fait ce que je suis.

Loïs :

-Demain sera un autre jour ! Ne t’en fait pas. Tout ira bien.

Sorianne :

-Dieu t’entende ! J’ai envie de dire : Inch Allah !

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