Ce chapitre 9 nous fait entrer dans le coeur de l’action, du drame, devrais-je dire, car c’est toute la famille et les proches d’Engerran qui sont touchés par la décision du Grand Conseil ! Que vont faire nos amis ? vous le saurez bientôt.
1er juillet 2112, “la Charlette”, commune de Villenavotte, 18 h.
14 -Engerran, rejoint par Lois
Engerran :
-Bonjour. Oh ! Cette histoire, avec ce crétin de Wilbur et cette Amida n’en finit pas. D’abord, notre Communauté a dû verser à la “LalaLaïla,” une très lourde amende pour enlèvement puis, acquitter des droits exorbitants, comme si nous avions choisi d’acheter la jeune fille.
Aucun de nos arguments n’ont été écoutés, tous jugés irrecevables. Quant à nous, Alvinille et moi, nous avons été condamnés comme “parents indignes, à une amende significative (six mois de salaire, chacun !) et reçu un blâme, pour mauvaise éducation. Ce qui est un comble ! Dans ma classe, les élèves me regardent en biais, et j’ai perdu l’essentiel de mon crédit. La pente sera dure à remonter. Le tribunal de Justice de notre Communauté s’est montré aussi inflexible que la délégation de la “LalaLaïla.” La jeune Amida a été déclarée “fille perdue,” ce qui revient à une exclusion à vie de sa communauté d’origine. Pour sa part, notre Conseil de Justice a chassé Wilbur de notre Communauté. A moins qu’il ne revienne (seul !) et rembourse la totalité des sommes versées, plus une amende égale au tiers de celle-ci. Les montants sont si énormes, qu’il ne pourra, c’est clair, jamais remettre les pieds chez nous. Vous imaginez aisément la peine de sa mère. Elle est inconsolable ! Heureusement, que je possède mon propre domicile, où je trouve en ce moment un refuge appréciable. Je vous avoue que j’ai perdu ma belle superbe. Je ne sais quoi faire. Quant au jeune couple, il s’est enfui ! Cette histoire jette un tel discrédit sur nous que j’ai le moral dans les chaussettes. Je me suis pris des vacances, pour pouvoir digérer tout ça et y voir plus clair. Heureusement que j’ai ce micro, et vous, mes amis de l’au-delà-du temps. j’ai l’impression que vous me comprenez, que je peux m’ouvrir à vous… CHUIIIT… GRINCEMENT FAMILIER DE LA PORTE -Ah, c’est toi Lois, tu viens consoler ton père indigne !Lois :
-Oui et t’apporter des nouvelles, ainsi qu’à nos amis qui doivent bien se demander où sont passés Wilbur et Amida.
Engerran :
-Tu sais quelque chose ?
Lois :
-Oui, mais avec le Préfet, nous avons choisi de laisser d’abord retomber un peu l’échauffement des esprits, avant de vous informer, toi et Alvinille !
Engerran : -Comment, tu sais où se cache cet infâme individu, cette vermine, ce saligaud, et tu ne dis rien. Attends un peu que je l’étripe, il va voir si je suis un père indigne !
Lois :
-Calme-toi ! Nous savons où il est, il avait laissé une lettre à Violette.
Engerran :
-Et où est-il ?
Lois:
-Amida et Wilbur sont partis pour l’Atlas, avec l’équipe de relève et se sont fait passer pour des volontaires, mais ils ont vite été découverts. Nos équipes les ont arrêtés, mais ne savent pas quoi en faire. Ils attendent le verdict du Conseil de Justice. Je crois que le sort de Wilbur et de sa dulcinée, va faire l’objet d’un référendum.
Engerran :
-Un référendum ? On n’a jamais vu ça !
Lois :
-Non, mais c’est aussi la première fois, qu’un garçon de chez nous enlève une fille de la “LalaLaïla.”
Engerran :
-Dommage qu’on ne puisse demander leurs avis à nos amis auditeurs ! Personnellement, je t’avoue que je ne saurais comment statuer. Que propose le Conseil ?
Lois:
De confier les jeunes gens au village voisin de notre Communauté-fille, le petit bourg de “Couscous aux navets,”et d’aider à son développement. De s’y installer, pour une période de quinze ans au moins, sans toucher ni prime de dévouement, ni salaire de coopérant, évidemment, et de vivre simplement, comme les gens du village, tout en travaillant avec nos équipes. Leurs enfants, s’il leur en naisse, n’auront aucun des privilèges des enfants de la Communauté. Leurs études ne seront pas prises en charge au delà de l’apprentissage des notions de base, et ils seront traités exactement comme ceux du village. Au bout de quinze ans, on fera les comptes et, s’ils se révèlent suffisants, Wilbur pourra revenir chez nous, seul, et après avoir demandé officiellement pardon à la Communauté, pour son inqualifiable comportement. Ou bien, s’il refuse d’abandonner sa famille, il pourra intégrer notre Communauté fille, si elle est d’accord et s’il l’accepte. Dans ce cas, il pourra revenir deux semaines par an à la Charlette, pour fêter Noël et son anniversaire en famille. Ses parents seront autorisés à lui rendre visite, quinze jours, deux fois par an, tous frais payés.
Engerran :
-Et la fille ?
Lois:
-Rien à son sujet. Pour le Conseil, elle n’existe pas.
Engerran :
-C’est dur.
Lois :
-C’est une exigence de la “LalaLaïla.” On n’a pas le choix. Cette proposition sera affichée, publiée dans tous les journaux, y compris télévisés. Chacun pourra voter par oui ou non. Aucune autre alternative ne sera proposée.
Engerran :
-Et si le non l’emporte ?
Lois:
-Wilbur et Amida seront chassés du village, sans autre forme de procès, ni aucun recours ou ressources et devront tenter de survivre par leurs propres moyens.
Engerran :
-Mais, c’est inhumain !
Lois:
-C’est sans appel. Le Conseil entend ne faire preuve d’aucune indulgence. Tu comprends, l’affaire est trop grave. Ils doivent se montrer dissuasifs, pour que personne n’ait envie de suivre le très (mauvais) exemple de Wilbur !
Engerran :
-Le référendum, c’est pour quand ?
Lois:
-Demain !
Engerran :
-Je rentre chez moi, Lois. Je n’ai plus le cœur de discourir sur quoi que ce soit. Salut les lointains cousins de ma part, j’aurais bien aimé pour une fois, qu’ils me remontent le moral.
Lois :
-Votre silence, les potes, est vraiment dur à supporter ce soir, je me tire !
*CHUINTEMENTS DE LA PORTE. BRUITS DE BIÈRE BIEN FRAÎCHE, CASCADANT DANS UN VERRE. GRÉSILLEMENTS DANS LA RADIO ! BRUITS CONFUS, SIFFLEMENTS…
Lois, comme à lui-même :`
-Bon Dieu, hé les copains, c’est vous ? Attendez, je vais essayer quelques réglages, décrochez pas les mecs !
SILENCE
Lois :
-Merde, merde, merde ! Plus rien ! Est ce que j’ai rêvé, dites ? C’est une farce ? Elle est de mauvais goût ! Allez un petit effort, réveillez-vous ? Vous êtes pas cons, les Anciens ! Bricolez votre machine et que ça saute ! Vous disiez pas ça, dans votre jargon ? Il me semble l’avoir lu dans une de vos bandes dessinées à la noix. Non, j’dis pas ça pour vous vexer, on n’a rien fait de mieux depuis vos Pilote, Gaston Lagaffe, Tintin et Astérix !
RE GRÉSILLEMENTS
-Hé,les gars, Wahoo, j’suis là, j’vous capte, cinq sur cinq, m’laissez pas tomber !
RE SILENCE, cinq minutes de blanc
BRUITS DE DÉGLUTITION, JURONS, UN POING S’ABAT SUR LA TABLE. BRUITS DIVERS D‘OBJETS QUI TOMBENT…
-Putain ! Vous voyez, je jure comme vous ! Cela ne vous fait rien ? J’abandonne ! Je laisse la radio branchée, si ça vous dit de cracher dans vot’ micro, faut pas vous gêner ! Et dans n’importe quelle langue, hein ! Nous, on n’est pas difficile, on est polyglottes, depuis l’enfance ! J’ne vous salue pas, faites chier avec vos manières !
LOIS
5 juillet 2112, “la Charlette”, commune de Villenavotte, 20 h. 15 -ALVINILLE, rejointe par Elvyranne AL : -Bonjour. Alors, vous faites les morts ? Lois me dit qu’il vous a captés l’autre soir ! Depuis, plus rien. C’est dommage, parce qu’on n’avait pas le moral, ces jours-ci. Moi surtout. Enfin, je suis venue vous parler, parce que ça fait du bien de discuter avec vous, on a le sentiment d’être moins seuls. Chez nous, tout le monde nous regarde bizarrement, comme si on était des pelés. Enfin, le verdict est tombé. Toutes les communautés ont voté et je suis soulagée que la proposition du Conseil ait été accepté à 55% des voix de la Charlette et 75% des autres communautés. Pas de quoi crier victoire ! Y avait quand même, les vaches, 45% des votes exprimés ici, qui auraient voulu qu’on jette mon fils à la rue, comme un criminel ! C’est dégouttant, on ferait pas ça à un chien ! Même si son acte est grave et impardonnable, il n’a quand même tué personne ! Enfin, je suis soulagée. J’espère seulement maintenant qu’il va être raisonnable, et accepter les conditions qui lui ont été faites. Je sais que ce sera dur, mais si sa femme le soutient, et avec notre aide, au moins morale et notre amour, il devrait pourvoir s’en tirer. Heureusement, ça fait chaud au cœur, j’ai tout le monde avec moi, mon cher Engerran, évidemment, mais aussi d’Edjlah et Soleya, ma petite Violette, Sorianne et Marilsa, et aussi Elvyranne, Lois et Pépita, sans parler de Vassi et bien sûr, Francy et Sörn. Dans notre entourage, on a été outré du blâme qui nous a été infligé de “parents indignes” ! C’est vraiment injuste. Je ne sais pas comment je pourrai dorénavant, croiser le regard de nos voisins. Je me sens crucifiée. Trop, c’est trop ! Vous voyez, je me souviens de mes cours à l’école.
* PLEURS. RENIFLEMENTS – CHUINTEMENTS DE LA PORTE. Elvyranne : -Bonjour les Anciens ! C’est le bureau des pleurs, ici ! -AL ! Je savais te trouver là. Allez, essuies tes larmes, c’est maman, qui m’envoie te dire qu’on a décidé de partir pour Ouarzazate, Lois et moi, pour essayer d’arranger les choses, et raisonner Wilbur. Et puis, lui dire aussi que, malgré la colère de son père et de toute la Communauté, on ne l’abandonnera pas. Je suis sûre que papa se calmera avec le temps. Ce n’est pas tant la lourde amende qui lui est restée en travers de la gorge que… sa condamnation personnelle ! Mais avec le temps, ça lui passera. -Dieu t’entende Elvyranne ! Mais, je ne crois pas que la blessure se refermera d’aussi tôt. C’est une bonne idée, de votre part, d’aller là bas, je vous remercie. Tu crois que Wilbur va se laisser fléchir ? Il est si inflexible, si déterminé, si difficile à comprendre, et si orgueilleux ! -Écoute, on fera de notre mieux. On part dans trois jours. -Pourquoi pas, demain ? Vous n’avez que deux semaines pour le décider. Ils ne lui ont pas donné un grand délai de réflexion, tu sais ! -Lois ne veut pas partir sans son matériel du Musée. Le temps de tout démonter, et d’emballer sa chère radio et nous levons l’encre ! Ce soir, j’essaierai de contacter Wilbur, pour préparer notre venue, et essayer de l’amadouer. -Merci ma chérie.GRÉSILLEMENTS, (comme si des fourmis grillaient sur les ondes.) -Tu entends, Al, ça recommence ! C’est vraiment bizarre. Dommage que Lois ne soit pas là. Je ne sais pas ce que c’est. En tout cas, ça vient pas de chez nous.
-Le grésillement devient plaintif et se mue en un sifflement aigu continu. Écoute ! -J’ai une idée, réponds leur ! -Hé ! On est là, on vous écoute ! C’est vous, les gars d’Outre Tombe ? Où la copine à Mortitia ? CRACHOTEMENTS HACHÉS, COUPÉS DE BRUITS NON IDENTIFIABLES -Dis donc, j’ai peur, t’as déjà entendu ça ? J’aime mieux ne pas rester ici. -On va laisser la radio ouverte et le magnéto branché. Lois verra s’il peut faire quelque chose avec ces crépitements. Viens, partons, on a eu notre lot d’émotions aujourd’hui !
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