Elvyranne, un jour, en faisant du rangement, a retrouvé des bandes son, avec dessus divers enregistrements datant de l‘époque de sa jeunesse. Il est difficile de les classer, c’est pourquoi, nous vous les livrons dans un ordre arbitraire. Vous les découvrirez, pense-t-elle, avec intérêt, car ils jettent sur l‘époque de sa jeunesse un éclairage permettant de mieux apprécier les conditions dans lesquelles de nombreuses communautés ont pu voir le jour et se développer.
22 Septembre 2115 – Théme du jour : “Le libéralisme et l’organisation sociale des Communautés du réseau de la Charlette”.
La journaliste : Blanche-Aile Beaumartin
Aujourd’hui, nous recevons Sorianne de la Charlette, Préfète du Prieuré-Sainte-Madeleine, dans ce studio de Radio-City-Bourges.
Blanche-Aile Beaumartin :
-Madame, bonjour ! Bienvenue sur notre antenne. Nos auditeurs vous connaissent, je crois.
Je rappelle cependant aux nouveaux venus, qui n’auraient pas encore ces infos, que, venant de la Charlette, une Communauté icaunaise, proche de la ville d’Auxerre, en Bourgogne, vous et votre famille, avec une poignée d’amis, avez créé, à une vingtaine de kilomètres de notre bonne cité de Bourges, une Communauté -fille, décriée par beaucoup, encensée par d’autres, baptisée “le Prieuré” ! Une Communauté qui, je le rappelle, a récemment fait beaucoup parler d’elle, notamment pour la résurrection du Printemps, ses pratiques sexuelles ultra libres, qui font scandale dans certains milieux puritains, il faut bien le dire, mais aussi, pour ses réussites sur le plan humain, particulièrement avec le recyclage des indésirables.
Madame, je vais être franche et directe. Puisque c’est le ton de notre émission “sans fard ni trompettes”. Pourquoi vos communautés et celles du réseau à laquelle appartiennent la Charlette et le Prieuré, ont-elles adopté une forme de libéralisme, bien que vous viviez dans une Communauté relativement fermée ? N’est ce pas d’ailleurs, disons le un peu, contradictoire ?
Sorianne :
-Pas du tout ! Parce que, voyez-vous, dans une société fermée comme la nôtre, cela permet tout simplement, la meilleure et la plus juste des organisations, capable de faire régner l’ordre et la justice. Tout en stimulant une saine émulation.
Blanche-Aile Beaumartin :-Pourtant, les mauvaises langues disent que vos sociétés sont tout… sauf libres !
Sorianne :
Ah mais, je m’insurge ! La vérité est notre organisation sociale cumule les avantages de tous les systèmes : nous pratiquons une forme de communisme, puisque rien n’appartient en propre à aucun des membres de notre Communauté, et que personne n’hérite de la fortune et des biens de ses parents. Tout appartient à la Communauté. J’insiste d’ailleurs, sur le fait que chez nous, chacun est libre de partir s’il le souhaite, à condition, évidemment de respecter les termes de son contrat. Donc, nous ne gardons personne sous la contrainte, si c’est cela que vous insinuez. Laissez moi également vous préciser que, chez nous, règne la justice,ce qui n’est pas un mince avantage, puisque chacun, sa vie durant, bénéficie du confort et de la jouissance de biens qu’il a su mériter, de par son travail et son dynamisme.
Blanche-Aile Beaumartin :
-Vous pouvez préciser ?
Sorianne :
-Volontiers. Ainsi, ma fille Elvyranne, n’héritera d’aucun des avantages en nature, qu’offre ma fonction de préfète, ni de ma maison de la Charlette, ni de mon 4×4, ni de mes oeuvres d’art, puisque tout appartient à la Communauté et lui reviendra à ma mort… Au départ, tout jeune bénéficiera, s’il reste chez nous, du confort basique, c’est à dire d’un bungalow de 90 m2, environ, aménagé avec tout le confort moderne, mais non personnalisé.
Elvyranne, ma fille, qui, comme vous le savez, est partie fonder notre Communauté-fille du “Prieuré-Sainte-Madeleine,” bénéficie de conditions de vie assez précaires et beaucoup plus rustiques, que celles qui règnent à La Charlette, puisque cette Communauté-fille n’en est encore qu‘à ses débuts.
Mais notre Conseil de la Charlette a décidé de conserver à tous nos jeunes pionniers, leur confort acquis chez nous, pour leur offrir, lorsqu’ils viennent s’y reposer pour les vacances, un accueil digne de leur courage et les récompenser de leur engagement. Une autre raison est que nous souhaitons que ma fille, Loïs et leurs amis, fassent des émules. Et puissent convaincre leurs anciens camarades de classe, et d’autres jeunes, de suivre leur exemple.
Car fonder une Communauté-fille nécessite beaucoup d’abnégation, un courage fantastique, un engagement spirituel de chaque instant, de l’altruisme et le renoncement à beaucoup de privilèges. C‘était donc la normale des choses.
Blanche-Aile Beaumartin :-Pouvez-vous me donner un exemple de la façon dont les finances sont réparties chez vous ?
Sorianne :
-Bien sûr, je vais prendre mon exemple.
Je suis paysagiste et crée des jardin, des paysages ! Bref, j’intègre des bâtiments dans un environnement, pour que l’ensemble soit flatteur au regard et pratique. C’est un travail à hautes responsabilités, très prenant.
Le fait que je sois aussi Préfète du Prieuré, est une activité bénévole et non rémunérée, car notre Communauté -fille n’aurait pas les moyens de payer ses administrateurs. Mais revenons à nos moutons !
Mes clients sont très variés : cela peut être des municipalités, d’autres Communautés, de riches citoyens indépendants, habitant une cité libre, et ce, n’importe où ! Je peux travailler ici, à Bourges, ou à Paris, New-York ou ailleurs, encore. Peu importe.
Dans chaque cas, c’est notre Communauté qui facture mes travaux et encaisse. Nous, les citoyens adhérents d’une Communauté, contrairement à ceux indépendants d’une cité libre, nous ne touchons que la part qui nous revient, sous forme d’avantages en nature, de m2 d’habitation, de meubles, etc…Lesquels ne sont pas les mêmes, pour tout le monde. Un chirurgien réputé, une grande chanteuse, ou une simple fille de salle, dans un dispensaire, ne bénéficieront pas du même niveau de vie. C’est clair. A chacun selon son mérite, son travail, son engagement, son courage, la pénibilité de sa tâche ou sa difficulté. Tout est pris en compte, la longueur des études, et même le risque, ou l’imagination. Cela nous permet de motiver chacun à faire de son mieux, pour le plus grand bénéfice de tous.
Blanche-Aile Beaumartin :Vos Communautés s’enrichissent aussi, en commerçant avec le reste du monde, n’est ce pas ?
Sorianne :
Bien sûr, nous vendons ce que nous produisons sur le marché international, cela va des pommes de terre, jusqu’aux CD de Soleya ! En passant par des conseils juridiques ou des placements financiers. Plus nous sommes polyvalents, et compétents, cela va sans dire, plus nous nous enrichissons ! Et cet enrichissement profite à tous.
Blanche-Aile Beaumartin :Vous êtes visiblement fière de vos réussites ! Comment expliquez-vous que tant de gens vous jugent mal et vous condamnent ?
Sorianne :
Ils nous exécutent, oui et ne nous connaissent pas ! Ils nous jugent , sans jamais avoir mis les pieds chez nous ! Qu’ils viennent voir de leurs propres yeux, et constatent. Nous ne cachons rien. Ce n’est pas de notre faute, si certains lancent des bruits infondés et des rumeurs plus extravagantes les unes que les autres , dans le but de nous discréditer. Et les bonnes gens les croient, hélas ! J’ignore qui, exactement, se cache sous de telles pratiques d’intox, bien que j’ai ma petite idée, peut être que nous faisons peur à certains !
Blanche-Aile Beaumartin :-Vous parlez de qui ?
Sorianne :
- Oh, je ne vous dirai rien, mais ceux à qui je pense, se reconnaîtront. Il suffit de renifler le mauvais goût et la puanteur des accusations de fornication, pour ne citer que celle-là, pour deviner d’où elles viennent !
Blanche-Aile Beaumartin :-J’insiste, ne pouvez vous me donner une piste ?
Sorianne :
-Mais c’est simple, non ? Tournez-vous vers toutes les Communautés religieuses dogmatisées et rigides et qui prêchent à longueur de journée contre le sexe, assimilé à la débauche, ou contre le pouvoir des femmes ! Chez nous, le sexe est libre, et les femmes partagent le pouvoir, à partie égale avec les hommes. Le moins qu’on puisse dire est que cela ne plaît pas à tout le monde ! Mais ce qui dérange le plus nos détracteurs, est que nous sommes trop forts pour qu’on puisse nous abattre, et que financièrement, nous réussissons mille fois mieux qu’eux !
Blanche-Aile Beaumartin :
-Et vos relations avec les villes, pouvez-vous m’en dire un mot ?
Sorianne :
-Tournez-vous vers Monsieur le Maire, qui vient d‘être réélu à Bourges et qui nous connaît bien. Je crois que Manuel Duplantier vous dira combien il est satisfait de notre nouvelle ligne magnétique et de nos “recyclages” de ses “éléments,” qu’il croyait, à tort, j’insiste, irrécupérables ! C’est de cela qu’il faut parler sur vos antennes, chère Madame, et non pas relayer des rumeurs, toutes plus sordides les unes que les autres et totalement injustifiées.
Blanche-Aile Beaumartin :
-Nous ne faisons que notre travail, Madame ! Et laissons à nos auditeurs le soin de se forger une opinion. Ils ont entendu votre témoignage, et je crois que c’est là l’essentiel. Merci de votre participation à notre émission et revenez nous voir !
z
22 Septembre 2115 – Interview d’ Elvyranne, de la Charlette, préfète du Prieuré Sainte-Madeleine.
Propos recueillis par Blanche-Aile Beaumartin.