Accueil          Blog           Romans

 
 
 
romans

Note N° 3

Commentaires d’Elvyranne, écrits de mémoire. Puis, chapitre 14

Où l’on goutte à la complicité d’un père et de son fils. Et où l’on voit qu’elle n’a besoin de rien d’autre pour s’affirmer, que l’exaltante sensation de pouvoir travailler main dans la main à l‘édification d’un projet commun.

Note N° 3
Commentaires d’Elvyranne, écrits de mémoire,
Date non précisée. Dans les semaines et mois qui suivirent, nous eûmes peu de temps à venir consacrer à nos conciliabules, et conversations secrètes, avec nos amis des XX et XXI è siècles, tout occupés que nous fûmes par les cérémonies du mariage de la Charlette et de Silk City et les papiers à réunir pour la constitution de nos dossiers d’études, relatifs à la création de notre Communauté-fille du Prieuré. Edjlah et Soleya firent leur tournée d’été et offrirent un gala à la plupart des grandes Communautés de notre Réseau. (Les habitants des plus petites ou des Communautés-filles ayant été logés chez des amis ou parents.)

Tous les gains furent versés sur le compte du Prieuré, que Soleya et notre famille avaient ouvert, et sur lequel chacun d’entre nous put déposer autant d’argent qu’il voulut. La contribution de la Charlette fut l’une des plus importantes du Réseau, et nous en fumes tous extrêmement touchés.
Toutes les Communautés, parentes et filles, firent des dons, chacune selon leurs possibilités. Il y eut également des donations privées, dont certaines, non négligeables. Il fut décidé, en remerciement, qu’on érigerait au centre de la nouvelle Communauté, une stèle en marbre, (que l’on peut encore voir, pour ceux qui douterait de la véracité de mes propos !), et qui garderait en mémoire les noms de chacun des généreux donateurs, ainsi que le montant des sommes versées. De sorte qu’à l’avenir, tous les membres du Prieuré, puissent remonter jusqu’à la source de la création de leur Communauté et se sentir en amitié avec tous les membres donateurs du Réseau.
Les sommes collectées furent si importantes qu’on put lancer les recherches de nouveaux adhérents dès le mois d’août. En Septembre, Wilbur rentra pour participer avec Engerran, Edjlah, Loïs, Sorianne, Francy, Sörn et moi, au recrutement proprement dit. Il fut décidé qu’Amida resterait au Maroc, jusqu’au jour de l’inauguration officielle de la nouvelle Communauté. Entre-temps, Wilbur bénéficia d’une indulgence de notre Conseil, et fut autorisé à faire, de temps en temps, des sauts au Maroc, pour que son amie ne trouve pas le temps trop long, et que les amoureux ne souffrent pas d’une trop longue séparation. Les travaux d’aménagement proprement dits prirent plus d’un an de travail acharné. Il fallut rendre les locaux habitables, construire des magasins, installer des lignes électriques et canalisations, ouvrir un dispensaire, monter les stations relais, pour permettre les connexions au téléphone, à la T.V. et à l’internet et enfin, faire venir quelques commerçants. Mais en avril, l’équipement essentiel était en place et le tracé de la future ligne de rail magnétique arrêté. Bref, la date de la cérémonie du baptême officiel fut fixée au 1 er Juin 2113.

Bien sûr, entre temps, Loïs n’avait pas perdu de temps et choisi soigneusement une belle cave de vigneron voûtée, pour y installer son QG et tout son matériel, qu’il avait en outre perfectionné, avec l’aide de son père. Il avait, au rez de chaussée, installé ses pénates, et toute la maisonnette jusqu’au premier étage, avait été transformée en un laboratoire des plus déments. Mon frère avait quand même trouvé le moyen de loger son lit dans une petite pièce qui avait jadis dût être un cellier. Une table, quelques chaises, deux fauteuils dépareillés trouvés au grenier de la Charlette, un divan où nous pouvions nous vautrer lorsque nous venions lui rendre visite, plus un antique canapé-lit pour les invités, constituait l’essentiel de son mobilier. Une kitchenette et une salle de bain spartiate, (sans aucun confort moderne particulier,) complétait l’aménagement, qui fit hurler notre mère, quand elle le découvrit. Son Bébé habitait un taudis ! Une truie n’y retrouverait pas ses petits, me confia-t-elle, horrifiée ! Mais cela ne convainquit nullement mon frère de modifier ses habitudes. Les enregistrements reprirent en juin 2113, pour s’interrompre à nouveau. Puis au printemps 2114. Comme avant, si ce n’est qu’ils furent plus espacés.
Je ne pense pas que beaucoup fassent défaut, du moins pour ceux de cette époque. Je crois que l’explication la plus plausible des trous importants que l’on remarque entre les dates ont été dus au manque de disponibilité de chacun, car les travaux requéraient un maximum de bras. Mais assez discuté, je vous rends à vos amis que vous connaissez bien maintenant.

Elvyranne

*

Chapitre 14
Disquette N° 2 Le Prieuré Marie-Madeleine, 2 juin 2113, 21 Heures. 25 – Engerran et Loïs Loïs : -Papa, tu ne crois pas que ce serait une bonne idée de voir ce soir, si notre installation marche ? J’ai hâte de reprendre nos petites conversations ! On est assez dessaoulés, non ? -Pourquoi-pas ! -Quelle fête, hein ! Je n’aurais jamais cru que toutes les Communautés du Réseau enverraient une délégation aussi importante, pour célébrer le baptême de notre Prieuré ! Ils étaient tous là, même ceux de Silk City, sans parler de tous nos amis, et tout le gratin de la Charlette, Président, en tête. C’était émotionnant, je crois que cette journée restera à jamais gravée dans ma mémoire !

Engerran : -Tu sais, c’est aussi un exploit que nous avons accompli, et je crois que c’est cela qu’ils ont tous voulu immortaliser. Imagine que nous avons sauvé de la misère et donné un foyer et du travail à plus de 250 citadins sans avenir ! Et 125 enfants !
Pour un début, on a fait fort ! Je me demande comment nous avons réussi à abattre tant de travail en si peu de temps, édifié des écoles, une gare, et fait sortir de terre tout un village, sans parler des exploits de Sörn et de son équipe.

Loïs :
-La force de l’émulation, la joie de participer à une grande œuvre, la satisfaction de faire, ensemble, quelque chose de grandiose et de formidable ! L’amitié, l’amour, la solidarité, l’espoir, la joie du partage, la satisfaction de ne laisser personne au bord du chemin. L’immense satisfaction de créer une grande famille, où demain, chacun aura sa place, et trouvera la chaleur d’un foyer et la sécurité d’une organisation humaine et accueillante, tout cela génère une formidable énergie. Ensemble, on arrive à abattre des montagnes ! Et quelle belle, quelle messe pleine d’émotions, notre évêque a célébrée, n’est ce pas ? Les chœurs furent splendides, j’ai cru que des ailes m’étaient poussées dans le dos, je me sentais léger, j’avais l’impression de faire un avec Dieu, avec notre Communauté toute entière ! Ah, quelle impression inoubliable, ce fut magique, papa !

Engerran :
-Oui, j’en conviens. Je ne crois pas avoir jamais vécu une journée pareille. Toute cette foule, cette belle jeunesse trépidante, l’immense banquet, la musique, les banderoles multicolores qui flottaient dans le ciel bleu, les fanfares, les confettis, les feux d’artifices, la joie de tous et ce soir, le bouquet final, avec le concert de Soleya, ce fut un triomphe ! Tout cela m’a donné une satisfaction que je n’aurais jamais crue possible, le fait, sans doute, de se sentir au comble de la joie ! Il y a six mois, j’étais au tapis, anéanti, quelle renaissance et toute ma famille autour de moi et la naissance du petit Hugues, la joie de Marilsa ! Oh, cette année a été vraiment extraordinaire !

Loïs :
-Exceptionnelle, oui !

Engerran :
-Tu sais ce qui cimente une Communauté ? Ce qui permet de réaliser des exploits ?

Loïs :
-Oui, c’est l’amour ! L’enthousiasme !

Engerran : -Mais sais-tu ce qui lui permet de s’enflammer comme ça, de donner un feu d’artifices de réalisations aussi grandioses ? C’est le fait de se sentir tous concernés, tous entraînés, tous stimulés. Cela permet à chacun d’entre nous de donner le meilleur de soi même ! Il faut le vivre pour en prendre conscience.
Quand je pense à toux ceux qui, de par le monde, errent dans des mégapoles sans âme ni conscience, monuments édifiés à l’orgueil insensé de quelques-uns, et à l’égoïsme de la plupart ! Et à tous les démunis qu’une telle société génère, aux miséreux, désespérés, ou au contraire à ceux, tout aussi seuls dans leurs tours d’ivoire, mais qui s’enorgueillissent de leur liberté ! Ivres de leur pouvoir, ou de leur fortune, acquise sur le malheur des autres, cela me fait chavirer le cœur. Quand je vois ce qu’on peut réaliser de grand et de beau, avec un soupçon de bonne volonté, de foi et d’enthousiasme, je n’arrive pas à comprendre qu’il puisse y avoir, dans notre monde, au XXIIè siècle, encore autant de misère ! Même si nous sommes arrivés à éradiquer les grandes guerres du passé !

Loïs :
-Papa, en toi sommeille un incorrigible romantique, qui se dissimule sous une pellicule scientifique.

Engerran :
-Tu sais, fiston, j’ai lu quelque part, qu’aucun rêve n’est possible, si l’on se contente d’être un être purement rationnel, sans émotion, ni sentiment. (PAUSE) Moi, vois-tu, je crois plutôt en l’alliance magique de l’intelligence et du cœur, je suis sûr que ce mélange là est détonnant ! Crois-moi, nous en ferons, ici au Prieuré, l’étincelante démonstration.

Loïs :
-Avec l’aide de Dieu, j’en suis sûr ! Demain, fini la fête on s’attaque à l’élaboration de notre Charte de vie, et à la désignation de nos députés et ministres.

Engerran :
-Nous connaissons déjà les résultats, je ne pense pas qu’il y ait de surprises. Quant aux responsabilités, elles ne me font pas peur.

Loïs :
-Non , je sais bien, elles nous stimulent ! On est pareil tous les deux. C’est sûr, tu seras désigné comme Président et ta consécration sera, j’en suis certain, unanime ! Cette place revenait au vieux Sörn, mais comme il n’en veut pas, elle te revient papa, et je suis fier que tu l’acceptes.

Engerran :
-En attendant de voir ce que décidera le Conseil, allons nous coucher, toutes ces émotions ont vidé nos accus, nous devons nous recharger. Je prends le canapé ! Bonne nuit, mon fils et à demain !

Loïs :
-Bonne nuit, papa ! Bonne nuit aussi à vous, chers auditeurs. J’ai été heureux de vous faire partager notre joie et de vous faire comprendre ce qu’on peut réaliser, quand on partage les mêmes ambitions et la même foi en Dieu, en l’homme et en soi ! A bientôt, Loïs et Engerran !

z


 


© 2007-2008 Monica Bender - All rights reserved - Tous droits réservés
Accueil · Développement & Hébergement: Noeza.com